mardi, février 10, 2026
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Grève des enseignants : Entre chantages et manipulations, enjeux d’une crise test pour la 5e République

Malgré une reprise timide et à plusieurs vitesses des cours par certains enseignants manifestement résignés, la grève entamée fin décembre 2025 poursuit son cours. Et même si elle semble s’affaiblir, elle aura donné lieu à des chantages, supputations et manipulations par le gouvernement et des acteurs acquis à sa cause. Car l’enjeu est crucial, éviter un affaiblissement des nouvelles autorités par une crise qui, par son ampleur et son durcissement, inaugure la fin de l’état de grâce dont bénéficiait jusqu’ici le régime du président Oligui Nguema depuis qu’il a chassé Ali Bongo en août 2023.

Arrestation des syndicalistes, mobilisation des inspecteurs pédagogiques pour noter la présence ou non des enseignants dans les établissements scolaires, tentative de division de démobilisation des enseignants, instrumentalisation des parents d’élèves qui appellent les enseignants à la raison, ou encore déploiement des acteurs de la société civile acquis au régime pour sillonner le pays et appeler à sauver l’année scolaire, avec distribution de taxi et de gâteaux aux élèves, etc. La grève des enseignants semble avoir semé la panique dans le sérail. Et pour cause, elle est la première du genre depuis le coup d’État du 30 août 2023 qui a chassé Ali Bongo du pouvoir au profit du Général de brigade, Brice Clotaire Oligui Nguema. C’est donc le premier test de revendications sous la cinquième République si chère aux nouvelles autorités, mettant ainsi fin à l’état de grâce dont a bénéficié pendant deux ans, le Général aux deux étoiles.

Une armada de médiateurs

Visiblement surpris par l’ampleur et le durcissement de la grève des enseignants qui ont désavoué les syndicats traditionnels au profit d’un mouvement spontané, SOS ÉDUCATION LA BASE, cauchemardé par le spectre d’une année blanche qui aurait constitué un coup de grâce et envoyé un message négatif à son régime, le président de la République, par ailleurs chef du gouvernement a déployé une armada de médiateurs, enjoignant ainsi le gouvernement d’agir au plus vite.

Sauf que les engagements pris par le gouvernement dans le cadre de la commission ministérielle tripartite, composée de l’éducation nationale, de la fonction publique, du budget et les responsables syndicaux n’ont pas été approuvés par les enseignants, faute d’une formalisation par un protocole d’accord et un chronogramme claire de mise en œuvre de toutes ces mesures. La crise perdurant, Oligui Nguema a nommé des parlementaires et membres de la société civile pro-pouvoir qui ont sillonné quelques établissements, à Libreville comme à l’intérieur du pays pour appeler les enseignants à sauver l’année scolaire. Une mission teintée de tentatives de corruption.

Dans certaines vidéos qui ont fuité sur la toile, on voit l’un des mandataires, Pierre Mintsa, demander aux élèves présents de se rendre dans une pièce où ils doivent percevoir “un petit quelque chose”. Dans une autre, on voit la ministre de l’éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclerq au lycée technique Omar Bongo, offrir une tournée de gâteaux et de lait aux élèves à qui elle avait demandé de se rendre massivement à l’école, l’objectif étant de montrer la reprise des cours, même sans enseignants.

Pour accentuer la pression sur cette reprise des cours, le président Oligui lui-même a dû prendre part à la levée de couleurs dans le même établissement quelques jours plus tard le lundi 9 février 2026.

Grogne sociale, tentative de démobilisation

Autant d’imagination et d’activisme pour montrer que les cours ont bel et bien repris, malgré la bouderie des enseignants qui ont décidé samedi 7 février de reconduire la grève. La stratégie du gouvernement est claire, rallier les élèves et leurs parents à sa cause, culpabiliser les enseignants, marquer les esprits, casser leur mouvement et semer la zizanie alors que certains, bien que minoritaires, ont repris le chemin de l’école, préférant attendre fin février, date de début de concrétisation des engagements pris par le gouvernement. Car pour le pouvoir en place, il s’agit d’une question de crédibilité et de survie politique, alors que le climat social est de plus en plus tendu avec son lot de grèves qui éclatent ça et là, le chômage qui bat son plein et le coût de la vie de plus en plus hors de portée.


A l’évidence, même si les Gabonais ont élu Oligui Nguema avec un score fleuve de 94% le 12 avril 2025, menacés par la cherté de la vie avec les prix des denrées alimentaires qui flambent de jour en jour, des salaires de plus en plus précaires et un pouvoir d’achat qui se rabougrit davantage, ils ne semblent plus se contenter d’applaudir un homme providentiel qui les a libérés du règne cinquantenaire des Bongo. Passé l’euphorie du coup d’Etat, face à la réalité de leur quotidien, ils deviennent de plus en plus exigeants, car dit-on souvent, ventre affamé n’a point d’oreille. Et c’est ainsi que s’étiole, lentement, mais sûrement, la confiance et l’espoir nés au petit matin du 30 août 2023.

Leno Koleba

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