En l’absence d’une politique de décentralisation qui reste une véritable arlésienne au Gabon, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait, dans la foulée de la transition amorcée au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, annoncé l’octroi par province, d’une enveloppe de 7 milliards de FCFA pour des projets d’infrastructures et autres initiatives locales. Soit un financement global de 63 milliards pour l’ensemble des 9 provinces du pays. Plus de deux ans après, on en est encore à se demander si l’argent promis a bel et bien été décaissé et utilisé à bon escient.
Difficile de démêler le vrai du faux entre les projets financés par le CTRI, le comité pour la transition et la restauration des institutions et ceux financés par l’enveloppe des 7 milliards de FCFA qui devaient être alloués à chaque province. Et c’est justement là que se situe l’embrouillamini. Un embrouillamini peut-être entretenu tant qu’il arrange. Car, avant l’octroi des 7 milliards, le CTRI avait déjà, dans la foulée de sa prise de pouvoir le 30 août 2023, lancé un certain nombre de projets ça et là à travers le pays, projets financés par le CTRI lui-même.
Or, concernant les 7 milliards, dans la plupart des provinces, les projets remontés par les villages, les cantons, les districts, les départements et les mairies moisissent encore pour l’essentiel dans les placards des gouvernorats, en attente du décaissement de l’argent. Ces projets concernent entre autres, l’eau avec l’hydraulique villageoise notamment, la construction ou la réfection des dispensaires, des établissements scolaires, l’appui au coopératives agricoles, le tourisme local pour ne citer que ceux-là. A ce jour, les différentes localités pour la plupart attendent leur réalisation.
Même dans les rares provinces où il y a eu quelques réalisations qui se confondent parfois avec celles des chantiers lancés et financés par le CTRI, notamment dans l’Ogooué-Ivindo où on note quelques fontaines dans certains villages avec l’appui du PNUD, le programme des Nations Unies pour le développement, ces ouvrages ne représentent qu’un menu fretin à l’échelle des 7 milliards de FCFA. D’ailleurs, une série de reportages effectués en 2025 par la télévision de la présidence de la République, Gabon 24 l’atteste.
Des enquêtes sans suite
Échaudée par la réalité de ces chantiers inexistants, le bord de mer avait alors annoncé des enquêtes quant à l’utilisation de ces fonds. Près d’un an après, les résultats de l’enquête se font toujours attendre, alimentant ainsi des interrogations. A-t-on réellement décaissé les 63 milliards promis aux 9 provinces? Si oui, pourquoi les projets montés au niveau local sont-ils toujours en attente de financement dans de nombreux gouvernorats ? Était-ce une stratégie délibérée de confondre les chantiers financés par le CTRI et ceux qui devaient l’être par les fameux 7 milliards? Et si l’argent avait été réellement décaissé, où sont les conclusions des enquêtes annoncées? Qui a fait quoi?
Pourquoi les responsabilités n’ont-elles pas jusqu’ici été établies avec leur lot de sanctions?
A ces questions, le gouvernement gabonais n’a daigné fournir de réponse plausible jusqu’ici. Pas plus qu’il n’a pu expliquer d’où devaient provenir les 63 milliards en question, sur quelle ligne budgétaire devaient-ils être décaissés et combien ont été décaissés à ce jour. A-t-on créé un compte spécial destiné au développement local? Où ce compte est-il logé? A-t-il été pourvu? De combien de milliards sur les 63 prévus? Combien en a-t-on décaissés? En l’absence d’un bilan chiffrable et vérifiable par province, détaillant les taux de décaissement, des dépenses et des ouvrages réalisés, le gouvernement semble avoir choisi d’entretenir le flou sur sa propre responsabilité, préférant jeter l’anathème sur les autorités locales comme de mauvais gestionnaires des 7 milliards dont ils n’ont peut-être jamais vu la moindre couleur.
Leno Koleba





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