C’était il y a un an, jour pour jour, le Général de brigade, Brice Clotaire Oligui Nguema était élu président de la république gabonaise, chef de l’État, chef du gouvernement, le 12 avril 2025. Une élection intervenue au terme d’une transition politique de deux ans, menée au pas de charge, après le coup d’État de l’homme aux deux étoiles qui a renversé Ali Bongo et compagnie le 30 août 2023. Retour sur près de trois années d’un changement par recyclage.
Au niveau de l’exécutif, on multiplie des publicités et des parades, on occupe une bonne partie des journaux à la télévision d’Etat, avec une telle débauche d’énergie pour convaincre l’opinion des réalisations à l’actif du nouveau régime, un régime qui, explique-t-on, privilégie l’action aux promesses. Une comparaison à peine voilée au gouvernement d’Ali Bongo, l’ex-président déchu qu’on critique à souhait pour sa politique des maquettes sans lendemain.
Et c’est dans cet effort de marquer la différence d’Oligui Nguema, qu’une mission mixte baptisée “LE GABON EN CHANTIER”, composée des parlementaires, membres d’institutions consultatives et de la société civile a été constituée pour sillonner le pays. L’objectif est de ventiler une communication aux soins d’un président “bâtisseur”, éléments de langage à l’appui. De la cité de la démocratie aux immeubles de la cité Émeraude à Libreville et autres infrastructures, le peuple gabonais devenu de plus en plus critique doit assimiler la vision d’un Gabon qui change sous Oligui Nguema.
Des éléphants blancs passés sous silence
Pourtant, derrière cette publicité à grands frais médiatiques et à la gloire du grand timonier, se cache un fait savamment passé sous silence, certainement pour l’embarras, les nombreux chantiers lancés par le CTRI, le comité pour la transition et la restauration des institutions dans la foulée du coup d’Etat du 30 août semble-t-il pour marquer les esprits, en donnant l’illusion d’un développement sans précédent. Sauf que l’euphorie de la “libération” passée, certains chantiers, sans budget, sans financement sont tombés dans le champ d’éléphants blancs, sans qu’aucune explication ne soit servie aux populations à qui devaient bénéficier ces projets.
Des promesses de gascon ?
A l’image de ces chantiers à l’abandon, nombre des promesses de l’exécutif tardent jusqu’ici à prendre corps. C’est le cas des 163000 emplois qui devaient être créés pour résorber le chômage qui culmine à plus de 36%, principalement chez les jeunes, selon les chiffres de la banque mondiale. La promesse faite lors du discours à la nation du 31 décembre 2024 par le Général-Président attend toujours des effets visibles sur le terrain. Le recrutement direct à la fonction publique vendu à des centaines de jeunes diplômés qui ont pris d’assaut le ministère de tutelle pour y déposer leurs dossiers a désormais tout d’un mirage, certains de ces jeunes désillusionnés l’assimilant même à un enfumage électoraliste. D’autant que les recrutements dans l’administration n’ont même pas atteint 10.000, si on en croit les différentes annonces des postes budgétaires pendant la transition.
Même pour le secteur privé, à ce jour, aucune explication sur le nombre d’emplois générés parmi les 163000 promis, les entreprises concernées. Un manque d’explications qui entoure également la promesse des 63 milliards de FCFA, en raison de 7 milliards par province pour accélérer le développement local. A ce jour, personne ne sait quand cet argent a été débloqué, dans quelle banque ou dans quel compte il est logé. Pas plus que les enquêtes annoncées par le gouvernement sur la gestion de cet argent aux allures mystérieuses, et dont les résultats se font toujours attendre, plus d’un an après, tel une promesse de gascon.
La peau dure des vieilles habitudes
Ajoutez à cela le recyclage du personnel politique et des vieilles recettes largement décriées, mais qui constituent encore la référence d’une gouvernance qui se veut pourtant en rupture de ban avec les pratiques du passé. Même si on note l’arrivée de quelques nouveaux visages qui gravitent autour de la nébuleuse présidentielle, dans les institutions, les entreprises étatiques, en diplomatie, les tenants du pouvoir déchu y ont été parachutés pour avoir fait allégeance aux nouvelles autorités.
En conseil des ministres, la logique de la parenté continue de dicter sa loi pour les nominations dans l’administration publique, témoignant ainsi de la peau dure des vieilles habitudes dans un Gabon pourtant vaticiné d’un changement qui peine à convaincre. Car en choisissant de remettre en scelle les tenants d’un pouvoir décrié, honni et renversé, Oligui Nguema a fait le pari risqué de recycler les mêmes pratiques, les mêmes mentalités et les mêmes méthodes. La conséquence d’un tel choix se résume en une maxime bien connue : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et le miracle gabonais n’est certainement pas pour demain matin.
Leno Koleba





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