AccueilJusticeBilie By-Nze victime d’un déni de droit ?

Bilie By-Nze victime d’un déni de droit ?

La question se pose alors que l’ancien premier ministre et principal opposant à Brice Clotaire Oligui Nguema, en détention préventive depuis le 16 avril dernier, doit encore purger 6 mois supplémentaires. Le juge d’instruction explique entre autres motivations de sa décision, la nécessité d’accomplir les actes essentiels qu’il n’a pourtant pas lui-même accomplis durant les 6 premiers mois écoulés. Une décision inconcevable pour les avocats d’Alain Claude Bilie-By-Nze qui crient au scandale.

Six mois en détention provisoire, sans être entendu sur le fond du dossier par le juge d’instruction. Et c’est le même juge d’instruction qui vient de prolonger de six mois supplémentaires, la détention d’Alain Claude Bilie-By-Nze pour n’avoir pas accompli les actes qu’il devait pourtant accomplir, ne serait-ce qu’au nom du droit.
Surtout pour un dossier dans lequel il est difficile de ne pas soupçonner des dessous politiques, maquillés par le paravent judiciaire.

Les faits

Pour mieux comprendre le coup de sang des avocats de la défense et de tous ceux qui dénoncent une affaire politique, il faut remonter les faits jusqu’au 15 avril dernier. Ce jour-là, il est 18h. Alors que l’ancien premier ministre et principal opposant à Oligui Nguema, rentre chez lui, il est accueilli devant son domicile par des éléments encagoulés. C’est à la direction générale des recherches, qu’il découvre une plainte contre lui. La plainte est déposée par une certaine Baba Ramatou qui exige à Alain Claude Bilie-By-Nze, le remboursement d’une somme de 5 millions de FCFA. Cet argent était en fait une contribution que Baba Ramatou avait apportée à l’organisation de la fête des cultures en 2008.

Face au retard du budget de l’État, Baba Ramatou, comme tous les autres membres du comité d’organisation avait accepté un préfinancement pour sauver la tenue de l’événement. En tant que président de ce comité, Alain Claude Bilie-By-Nze qui avait lui-même contribué à hauteur de 3 millions, avait délivré à chaque contributeur un accusé réception. Après une nuit à la DGR, Bilie-By-Nze est envoyé en prison le lendemain 16 avril. Alors qu’une simple plainte au commissariat aurait suffit à régler l’affaire entre les deux parties, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Libreville, Dick Fabrice Boungou Mikolo a, dans la foulée, qualifié les faits d’escroquerie et d’abus de confiance.

La justice à l’épreuve de la 5ème République

En prison, l’opposant bibliophile a vu ses livres et ses lunettes être confisqués, selon un article de Jeune Afrique, qui décrivait des conditions de détention très rigides. Ce qui est déjà très étonnant pour un prisonnier en détention préventive. Surtout pour un motif aussi léger. Plus étonnant encore, Alain Claude Bilie-By-Nze n’a jamais été entendu par le juge d’instruction depuis six mois. Et c’est à juste titre que ses avocats dénoncent une procédure gelée et un dossier auquel ils n’ont toujours pas accès jusqu’ici. Pour n’avoir rien fait durant six mois, le même juge d’instruction vient de prolonger pour six mois supplémentaires, la détention du mis en cause, arguant, sans la moindre gêne, que les actes essentiels n’ont pas été accomplis durant ce temps. Comme si le non-accomplissement de ces fameux actes essentiels n’était pas de son ressort. Voilà les agissements d’un magistrat qui constituent une ombre au tableau de l’impartialité de la justice au Gabon.


On a donc beau répéter à souhait que la justice est indépendante, l’affaire Bilie-By-Nze apparaît désormais comme une tâche indélébile, qui aura inauguré la 5ème République d’une façon si douteuse qu’on s’en inquiète pour la suite. Car un magistrat qui refuse d’entendre un prévenu, ce n’est ni plus ni moins qu’un déni de droit. A moins qu’il s’agisse d’une volonté délibérée de maintenir l’opposant en prison. Car Bilie-By-Nze sous les verrous, c’est une assurance-vie pour le régime en place, très allergique à ses critiques acerbes et documentées. Un régime qui prive sa population d’Internet depuis huit mois pour se prémunir de toute critique.

Leno Koleba

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