Au terme d’une audience de plaidoiries sous haute tension à Libreville, les avocats des victimes du naufrage de l’« Esther Miracle » ont chiffré les demandes d’indemnisation. Les montants réclamés oscillent entre 50 millions et 5 milliards de francs CFA par plaignant, alors que le propriétaire du navire, Blaise Armand Mbadinga, tente de justifier les conditions d’exploitation du ferry.
La défense du propriétaire : entre opportunisme et fatalité
À la barre, Blaise Armand Mbadinga, dirigeant de la société Royal Cost, a longuement défendu le bien-fondé de son activité au moment des faits. Selon lui, l’acquisition du ferry répondait à une urgence logistique dans un Port-Gentil alors asphyxié par les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et la défaillance des transporteurs publics. « Les commerçantes m’ont supplié de transporter leurs marchandises », a-t-il plaidé pour expliquer la mutation du navire vers le transport mixte (fret et passagers).
L’armateur a également livré un témoignage personnel pour écarter l’accusation de mise en danger de la vie d’autrui, affirmant qu’il devait initialement se trouver à bord le soir du drame. Son salut n’aurait tenu qu’à l’obtention in extremis d’un billet d’avion pour une réunion bancaire à Libreville. Un désistement de dernière minute qui, selon ses dires, l’a fait figurer par erreur sur la liste des disparus au lendemain de la catastrophe.
La sécurité du navire au cœur des débats
Le point de rupture de l’audience a porté sur les modifications techniques apportées au bâtiment. Si M. Mbadinga nie toute altération de la structure initiale, l’enquête préliminaire pointe des zones d’ombre majeures. En cause : le passage de la capacité d’accueil de 70 à 200 passagers et le remplacement du moteur par une entreprise dont l’expertise technique est remise en question par les experts judiciaires.
Le dirigeant de Royal Cost a balayé ces doutes en arguant que le navire, d’origine grecque, possédait initialement une capacité de 350 places et que les aménagements intérieurs — des fauteuils en cuir — visaient uniquement le confort des usagers. Pourtant, les parties civiles voient dans ces transformations l’origine structurelle du naufrage, invoquant une perte de stabilité fatale au ferry.

Vers un verdict très attendu
L’ampleur des indemnisations demandées, pouvant atteindre 5 milliards de francs CFA, reflète l’immensité du traumatisme lié à ce drame qui a coûté la vie à 34 personnes et fait 7 disparus le 9 mars 2023. Cette exigence financière se veut proportionnelle aux manquements sécuritaires présumés et à la responsabilité des cadres de la Marine marchande, dont certains sont toujours sous les verrous.
Après les plaidoiries fleuves des parties civiles, le tribunal se tourne désormais vers le ministère public. Les réquisitions du procureur de la République sont attendues ce vendredi, avant de laisser place aux arguments de la défense. Le verdict, qui marquera l’issue judiciaire de l’une des plus graves tragédies maritimes du pays, pourrait tomber dans les prochaines heures.





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