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Gabon : Vie chère, des mesures inefficaces ?

Selon un communiqué du ministère de l’Économie, lu à la télévision nationale le 15 février 2026, le gouvernement gabonais suspend pour six mois, les droits de taxes sur certains produits de consommation courante. L’objectif est de préserver le pouvoir d’achat des ménages, en particulier des plus vulnérables, alors que les prix de ces produits deviennent chaque jour hors de portée sur le marché. La liste concerne aussi bien les produits alimentaires que les matériaux de construction. Mais quel impact réel va induire cette mesure qui n’est pas la première au Gabon?

Un coup d’épée dans l’eau, estiment de nombreux Gabonais désabusés par la flambée continue des prix des denrées alimentaires sur le marché. Et pour cause, les mesures du genre prises ces dernières années n’ont pas véritablement permis de renverser la courbe implacable de la vie chère dans le pays. Les assises de la vie chère, la suspension des taxes sur les produits de grande consommation, les différentes mercuriales adoptées sous Ali Bongo n’ont eu que peu ou pas d’impact sur le pouvoir d’achat dans un pays qui importe l’essentiel de ses besoins de consommation. Pas plus qu’elles n’ont produit d’effets notables sous Oligui Nguema. Puisque la dernière mercuriale qui a pris fin en janvier dernier n’a pas permis, elle aussi d’enrayer la montée vertigineuse des prix, notamment lors des achats pour les fêtes de fin d’année en décembre 2025. Au contraire, chaque jour, cette augmentation se faisait ressentir avec des produits dont le prix varient au cours d’un même mois. Un carton de dindon acheté à 26000 FCFA deux semaines plutôt coûte 28000 une ou deux semaines plus tard. Un sac de riz de 25 kg acheté aujourd’hui à 11000 coûte 14000 quelques jours plus tard.

Des contrôleurs complaisants ?

Pour garantir le respect des mesures contre la vie chère, la DGCCRF, direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression de la fraude mène sur le terrain, des contrôles de conformité à travers le pays. Mais des contrôles qui ne semblent pas avoir un impact significatif sur une quelconque tendance baissière des prix sur le marché, certains contrôleurs étant jugés trop complaisants avec des opérateurs économiques véreux, les soupçons de corruption ne manquant pas. Comment alors prétendre lutter contre la vie chère quand les agents chargés de le faire se mettent eux-mêmes dans des situations d’impuissance face aux commerçants?

Vie chère et inégalités

Au-delà de la complaisance des contrôles effectués par la DGCCRF, la vie chère n’est pas ressentie au même degré par tout le Gabon. Selon que vous soyez Libreville et ses environs ou à l’intérieur du pays, dans des coins très déshérités, le coût d’un même produit varie. L’essentiel du débarquement se faisant au port d’Owendo, l’acheminement des marchandises vers l’intérieur du pays par voie terrestre coûte extrêmement cher aux opérateurs économiques du fait du très mauvais état des routes au Gabon.

C’est le cas de la route économique reliant Libreville au nord aux localités surtout du sud du pays. Illustration de ce calvaire quotidien l’axe Ndjolé-Lopé-Franceville où des camions chargés de tonnes de matériaux de construction, de tonnes de farine et autres denrées alimentaires passent parfois une semaine embourbés dans des ornières d’une route cauchemardesque, surtout en saison de pluies.

A l’arrivée, les coûts de remorquage et autres dépenses imprévues liées au mauvais état de la route, leur coûtent une sacrée fortune qu’ils sont tentés de récupérer sur le marché. Par effet donc de répercussion, un sac de ciment de 35 qu’un Gabonais vivant à Libreville achète à 5500 FCFA, celui vivant à Koulamoutou ou à Franceville l’achète à 7500. Une tôle bac de 2m qu’on peut acheter à 5000 à la capitale, à Koulamoutou ou à Franceville, elle est vendue à 8000. Ces réalités qui accroissent les inégalités entre les Gabonais face à la vie chère, posent la nécessité d’une approche holistique dans la lutte contre la vie chère.

Car les mercuriales, les suspensions des taxes sur les importations ne seront que des mesurettes aux effets limités ou indésirables, si ces initiatives n’englobent pas une agriculture de masse pour limiter les importations qui coûtent cher au budget de l’État, la construction des routes pour mieux écouler la production locale et la probité morale des agents contrôleurs des prix sur le marché. Vouloir à tout prix suspendre de simples taxes ponctuelles, sans mesures connexes, c’est comme s’attaquer aux simples symptômes et non aux causes réelles d’une maladie.

Leno Koleba

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