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Gabon : l’arrestation de l’ex-Premier ministre Bilie-By-Nze, entre vieille dette et soupçons de représailles politiques

L’ancien chef du gouvernement gabonais a été interpellé mercredi 15 avril à Libreville par les renseignements militaires. Officiellement mis en cause pour une facture impayée remontant à 2008, Alain-Claude Bilie-By-Nze fait face à une procédure spectaculaire qui, dans les rangs de l’opposition, est perçue comme une manœuvre d’intimidation.

C’est une arrestation qui ne passe pas inaperçue dans le paysage politique gabonais. Mercredi 15 avril, aux alentours de 18 heures, Alain-Claude Bilie-By-Nze a été appréhendé à la sortie de son domicile de Libreville par des agents du tristement célèbre « B2 », le service de renseignement militaire. Placé en garde à vue, l’ancien Premier ministre se voit reprocher une affaire financière singulièrement ancienne : le non-règlement d’une créance de 5 millions de francs CFA liée à la 9e édition de la Fête des cultures, organisée dix-huit ans plus tôt.

À l’époque des faits, en 2008, Alain-Claude Bilie-By-Nze cumulait ses fonctions de ministre délégué aux Transports avec la présidence du comité d’organisation de cet événement culturel. La plaignante, une prestataire identifiée par les initiales B.R., réclame aujourd’hui son dû.

Une responsabilité personnelle écartée par la défense

Du côté de l’entourage de l’ancien chef du gouvernement, l’argumentaire est clair : cette dette n’a aucun caractère privé et incombe à l’État gabonais. Les proches de l’opposant soulignent que l’organisation de la Fête des cultures relevait directement du ministère de la Culture, par l’intermédiaire d’un Bureau national chapeauté à l’époque par le vice-Premier ministre Paul Mba Abessole.

« Le donneur d’ordre était le gouvernement. C’est le Trésor public qui a tardé à payer. En tant que président du comité, il n’a fait qu’apposer sa signature », justifie un membre de sa garde rapprochée. Une ligne de défense qui déplace la responsabilité de la personne physique vers l’administration publique.

Les zones d’ombre d’une procédure expéditive

Au-delà des faits, c’est la méthode employée qui cristallise les critiques et soulève de nombreuses interrogations juridiques. Alain-Claude Bilie-By-Nze n’a fait l’objet d’aucune convocation préalable, et la plaignante n’aurait, en l’espace de dix-huit ans, déposé aucune plainte formelle devant les juridictions civiles compétentes pour ce type de contentieux commercial.

Le recours soudain aux services de contre-ingérence militaire (le B2) pour traiter ce qui s’apparente à un simple litige civil interpelle les observateurs. Le déploiement d’un tel appareil sécuritaire tranche avec les procédures habituelles, qui auraient requis une simple convocation au commissariat ou devant le parquet.

Un climat politique électrique

Difficile, dans ce contexte, de détacher cette arrestation de l’agenda politique. Depuis plusieurs semaines, Alain-Claude Bilie-By-Nze a multiplié les interventions médiatiques, notamment sur des chaînes internationales, pour asseoir sa position de figure de proue de l’opposition. Il y dénonçait ouvertement les pressions exercées par le pouvoir de transition et avait même publiquement anticipé la possibilité de son arrestation imminente.

Pour ses partisans, le doute n’est pas permis : l’exhumation de ce dossier vieux de près de deux décennies n’est qu’un prétexte juridique habillé pour museler une voix dissidente. Alors que la garde à vue de l’ancien Premier ministre se poursuit, cette affaire menace d’exacerber un peu plus les tensions entre le régime en place et une opposition qui dénonce un durcissement de l’appareil d’État.

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