Malgré les critiques sur la gouvernance de la FEGAFOOT, les soupçons autour de la gestion des financements et la polémique sur une candidature unique, la FIFA et la CAF ont décidé de maintenir Pierre Alain Mounguengui à la tête du football gabonais jusqu’à une Assemblée générale élective prévue en décembre 2026. Une décision qui soulève de nombreuses interrogations sur l’application des règles de gouvernance défendues par les deux instances internationales.
La décision est tombée le 7 mai 2026 dernier à travers une lettre conjointe de la FIFA et de la CAF. Pierre Alain Mounguengui reste président de la Fédération gabonaise de football jusqu’à la tenue d’une Assemblée générale élective jugée « impérative » en décembre prochain.
Si cette annonce était censée ramener le calme dans un environnement marqué par plusieurs mois de tensions, elle a surtout relancé le débat autour de la gouvernance du football gabonais et des contradictions reprochées aux instances internationales.
Des financements sous surveillance depuis plusieurs années
Depuis 2018, la FEGAFOOT bénéficie des financements du programme FIFA Forward ainsi que des subventions de la CAF destinées au développement du football national.
Pourtant, au fil des années, des voix se sont élevées pour dénoncer des retards dans la transmission des rapports d’activités, un manque de visibilité des projets annoncés et une gestion jugée opaque. Plusieurs clubs ainsi que des membres de la Coalition pour le Salut du Football Gabonais ont régulièrement pointé du doigt l’absence d’infrastructures concrètes malgré les financements mobilisés.
Selon plusieurs critiques relayées dans le milieu sportif gabonais, des projets de stades, de centres techniques ou encore de programmes de développement seraient restés à l’état d’annonces.
D’autres reproches concernent les audits internes, considérés comme tardifs alors que le règlement FIFA Forward impose des mécanismes stricts de contrôle, de publication des comptes et de suivi annuel.
Ni la FIFA ni la CAF n’ont toutefois rendu publiques les conclusions de leurs différents contrôles.
Mais leur courrier du 7 mai laisse apparaître certaines réserves. Les deux institutions demandent désormais une « régularisation administrative complète » de la FEGAFOOT avant fin octobre 2026 et précisent qu’elles poursuivent encore l’évaluation de la situation.
Pour plusieurs observateurs, cette exigence traduit implicitement l’existence de dysfonctionnements au sein de l’instance fédérale.
Une réforme des statuts au cœur de la crise
La crise actuelle trouve également son origine dans la réforme des statuts de la FEGAFOOT adoptée en 2025.
Les opposants à Pierre Alain Mounguengui estiment que les nouvelles dispositions ont considérablement durci les conditions d’éligibilité, réduisant de fait les possibilités de concurrence électorale. Le 3 avril 2026, la Commission électorale a finalement validé une seule candidature, celle du président sortant.
Cette situation a provoqué une vague de contestations. Des recours ont été déposés, des manifestations organisées et plusieurs acteurs du football gabonais ont dénoncé des irrégularités dans le processus électoral.
Les critiques portent également sur la gestion quotidienne du football national, marquée selon eux par des compétitions en difficulté, des retards de paiement des arbitres, des insuffisances matérielles et une rupture du dialogue entre la fédération et les acteurs du terrain.
Face à ces accusations, le camp Mounguengui défend une politique de contrôle renforcé et affirme avoir engagé des audits financiers internes.
Mais aucun document détaillé n’a, pour l’instant, été officiellement rendu public.
FIFA et CAF face à leurs propres contradictions
La décision de la FIFA et de la CAF apparaît aujourd’hui comme un compromis entre stabilité institutionnelle et respect des textes.
Car sur le plan réglementaire, plusieurs observateurs estiment que les règles défendues par les deux organisations auraient pu conduire à une tout autre issue. Les statuts de la FIFA condamnent en principe toute forme d’ingérence étatique, alors même que les ministères gabonais des Sports et de l’Intérieur sont désormais associés au processus de régularisation de la FEGAFOOT.
De la même manière, les principes électoraux de la FIFA insistent sur la nécessité d’élections ouvertes et transparentes, alors qu’une candidature unique a finalement été validée.
En maintenant Pierre Alain Mounguengui à son poste jusqu’en décembre 2026, la FIFA et la CAF semblent avoir privilégié une logique d’apaisement et de continuité institutionnelle plutôt qu’une application rigoureuse de leurs propres textes.
Une fin d’année décisive pour la FEGAFOOT
D’ici octobre 2026, la FEGAFOOT devra donc se conformer aux exigences administratives imposées par les deux instances internationales.
Une nouvelle Assemblée générale élective devra ensuite être organisée avant la fin de l’année. Mais de nombreuses incertitudes demeurent.
Si les audits à venir révèlent des irrégularités majeures ou des détournements, la FIFA pourrait suspendre les financements du programme Forward, voire prendre des sanctions plus lourdes contre la fédération gabonaise.
En attendant, le football gabonais continue d’évoluer dans un climat de méfiance et d’incertitude, entre contestation interne, gouvernance fragilisée et arbitrages controversés des instances internationales.
Tony Muru





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