Il avait été arrêté le 15 avril dernier par les éléments encagoulés de la DGR, direction générale des recherches, service rattaché à la présidence de la république. Dans la même foulée, il a été placé en détention préventive par le procureur de la république, près le tribunal de première instance de Libreville, Dick Fabrice Boungou Mikolo a déjà franchi le cap d’un mois en prison. Sa demande de mise en liberté conditionnelle refusée, ses conseils pointent une prise en otage.
Le 15 mai 2026 était une date cruciale pour Alain Claude Bilie-By-Nze. Un mois après son arrestation musclée par les éléments encagoulés de la direction générale des recherche, service rattaché à la présidence de la république gabonaise, l’ancien premier ministre devait bénéficier d’une liberté conditionnelle dont la demande a été introduite quelques jours plutôt par ses conseils. Lesquels avait également également attaqué la légalité de l’ordonnance de placement en détention du juge d’instruction qui leur aurait dit avoir agi sous ordre du procureur de la république, Dick Fabrice Boungou Mikolo. Pour ces deux requêtes, ils ont été déboutés. Bilie-Nze reste en prison, malgré l’évidence de la vacuité du dossier dénoncée par ses Avocats. Une évidence si trouble que même dans l’opinion, l’affaire Bilie-By-Nze peine à se passer des motivations politiques.
Un dossier gênant
D’abord par sa nature. Une plainte déposée par une certaine Baba Ramatou, ancienne camarade de lutte politique de Bilie-By-Nze. L’affaire remonte à une contribution de préfinancement pour la fête de culture organisée en 2008. Face au retard des fonds publics, ils avaient tous cotisé pour préfinancer l’événement et sauver ainsi l’image de leur leader politique, Paul Mba Abessole. 5.000 000 de FCFA pour Baba Ramatou, 200.000, 100 000 pour les autres membres, chacun selon ses capacités financières. 3.000 000 millions pour Alain Claude Bilie-By-Nze alors président du comité d’organisation de l’événement qui délivre à chacun des contributeurs, un accusé de réception.
Et c’est cet accusé que brandit aujourd’hui, Baba Ramatou pour exiger à Bilie, le remboursement de son argent. Pour les conseils du mis en cause, un accusé de réception dans le cadre d’une gestion publique ne peut être confondu à une reconnaissance de dette. De plus, si reconnaissance de dette devait y avoir, l’affaire relèverait du civil plutôt que du pénal. Autre argument, les délais de prescription largement dépassés pour des faits datant de 2008. Pour un des Avocats de Bilie-By-Nze, Me Sarah Oniane, le dossier étant vide, il n’y avait aucune complexité qui ait pu convaincre le juge d’une information judiciaire ou d’un refus de mise en liberté conditionnelle, d’autant que l’ancien premier ministre présente toutes les garanties de représentation pour les convocations au tribunal.
Le dilemme du pouvoir
Dans une tribune très acerbe sur ses réseaux sociaux, l’ancien parlementaire, Michel Ongoundou Loundah explique qu’Alain Claude Bilie ayant aiguisé sa connaissance de de l’administration et des rouages du pouvoir politique au Gabon, était devenu tellement gênant avec ses critiques méthodiques des tares du pouvoir qu’il apparaît comme une menace sérieuse pour le régime en place, devenant ainsi l’opposant le plus redoutable. Or, en Afrique, explique-t-il, les pouvoirs autocrates ne s’accommodent que très peu ou pas du tout des opposants sortis de ses arcanes. Ainsi donc, l’arme de destruction de ce type d’opposants gênants est une justice manipulée. Sauf qu’une fois en prison, Alain Claude Bilie-By-Nze devient encombrant, tellement encombrant qu’il place le pouvoir désormais face à un dilemme : le maintenir en prison est une assurance vie pour un régime aussi allergique à la moindre critique, mais en même temps gênant pour son image (à l’international surtout); le libérer serait reconnaître la manipulation politique de la justice.
Manifestement, au milieu de ce dilemme, le régime aux abois semble avoir choisi l’option du durcissement, de l’exagération pour une affaire qui n’en est pas une. En qualifiant les faits d’escroquerie et d’abus de confiance, le parquet cherche désespérément à dramatiser et condamner un homme dont il espionne désormais la moindre bévue, l’objectif étant de le disqualifier déjà dans la perspective de la présidentielle de 2032. Et c’est là, la marque de fabrique fatale des régimes totalitaires qui n’hésitent pas à agiter l’arme judiciaire qu’ils suspendent cyniquement au-dessus de l’opposition comme une épée de Damoclès.
Leno Koleba





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