lundi, janvier 19, 2026
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
AccueilAfriqueCarnet de bord d'un immigré clandestin

Carnet de bord d’un immigré clandestin

Il est maladroit, voire abusif de penser que le phénomène migratoire n’ affecte que les pays occidentaux qui, chaque année, arraisonnent plusieurs embarcations de fortune transportant, à leur risque et péril, des immigrés clandestins qui tentent de traverser la Méditerranée pour joindre les îles Espagnoles de Ceuta et Melilla pour ensuite rallier les pays européens où ils rêvent d’ un mieux vivre.

Nous vous proposons le récit glacial d’ Abas, un immigré clandestin de nationalité ghanéenne arrivé au Gabon à la fin des années 2000.

 » Nous sommes à la fin des années 2000. Je suis un jeune ghanéen d’ une trentaine d’années, diplômé en systèmes des bases de données et maintenance informatique. Il n’y a pas le moindre débouché pour un emploi dans mon pays.

L’ alternative qui s’offre à moi c’est migrer vers d’ autres cieux à la recherche d’un emploi. Mes parents, malgré leurs moyens dérisoires, préparent le voyage avec empressement, car avoir un enfant à l’ étranger est une entreprise qui peut rapporter gros et sortir la famille de la précarité. Mes parents et moi entreprenons d’ aller rencontrer le passeur qui dispose de toute une flotte d’embarcations. Ce soir là, une d’ elles devait quitter le Ghana pour le Nigeria avec des candidats à l’ immigration à bord. Le passeur nous exigera la somme de 500 dollars pour le Gabon ma destination. Les parents lui remettent la somme. Rendez-vous pris pour le lendemain pour l’ embarcation.


Je stress, je suis partagé entre l’idée d’abandonner l’aventure ou de la poursuivre. Surtout que les nouvelles de la précédente pirogue partie la veille n’ étaient pas bonnes. On apprenait que l’ embarcation avait chaviré et tous ses occupants engloutis sous les eaux.


J’ ai passé une nuit blanche. Le lendemain à la nuit tombée, je vais au débarcadère, lieu du rendez-vous pour embarquer. Nous sommes une cinquantaine de migrants à tenter l’ aventure, femmes et enfants compris. Avant de monter à bord de l’ embarcation, nous sommes soumis à un rituel traditionnel au cours duquel, toutes les amulettes de protection devaient être abandonnées ou remises aux parents venus nous accompagner.


La pirogue dans laquelle se trouvaient également des pièces détachées de voitures quittait ainsi le quai pour gagner le large des côtes ghanéennes.


Après trois jours de navigation en haute mer, les mines se serrent, la peur s’installe dans une ambiance de dévotion.
Nous traversons une zone où l’eau est noire et non bleue et cela dans un calme inquiétant. On voit flotter des sacs, des chaussures et des Habits, sauf des corps sans doute dévorés par les poissons.


On compris que c’était le lieu du naufrage; que la pirogue avait échoué là.


Nous continuons notre navigation sur une mer de plus en plus inquiétante où l’instinct de survie ne tenait plus que sur le fil du rasoir. Nous savions que tout pouvait arriver et à tout moment. A chaque kilomètre de plus de navigation, l’angoisse et la peur vinrent alourdir une ambiance déjà sombre.


Puis soudain, nous traversions une zone de turbulence, il est 2 heures chrono, les prière s’enchaînent, on se serre les mains comme s’il s’agissait d’un ultime rituel de survie inespérée.


Les vagues nous projettent sur des hauteurs sur fond de craquements de l’ embarcation et qui, de plus en plus, amplifie l’ ambiance déjà apocalyptique.


Les passeurs procèdent à des fouilles de nos bagages, il est question de sortir tout objet précieux afin de les donner en sacrifice aux esprits de la Mer pour qu’ils se calment et mettent l’ embarcation et ses occupants à l’ abri de tout danger.


Nous arrivons dans les côtes Gabonaises mais malheureusement nous sommes interceptés par les gardes côtes. Les passeurs nous sommes l’ ordre de quitter la pirogue. Il fallait nager jusqu’à la rive. Femmes et enfants ne savant pas nager, étaient jetés par dessus bord. D’ où les corps sans vie crachés par les plages sablonneuses que l’on retrouvait au bort de Mer »

Abas

spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
ARTICLES CONNEXES
- Advertisement -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
- Advertisement -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
- Advertisement -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
- Advertisement -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
- Advertisement -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img