« Nous avons mis 50 millions de francs CFA pour que chaque jeune puisse créer sa société… Je mets au défi le président de l’association de me ramener les récépissés de création. Je le redis : changeons de mentalité, sortons de l’esprit du bureau, privilégions l’entrepreneuriat, et sachez que les métiers manuels ne sont pas dévalorisants. »
C’est par ces mots, empreints de volontarisme et portés par sa popularité post-coup d’État du 30 août 2023, que Brice Clotaire Oligui Nguema cherchait à convaincre une jeunesse déboussolée.
Si l’intention paraît louable, beaucoup y ont vu un slogan creux, teinté d’arrière-goût de pré-campagne, destiné à séduire un peuple lassé après 52 ans de règne de la famille Bongo. Une stratégie qui, au passage, lui aura permis d’être élu avec plus de 94 % des voix.
« Vous vous attendez à quoi ? La majorité de la population est inconsciente. Beaucoup se laissent berner par des mots qu’ils ne comprennent même pas. » réagit amèrement Juliana OKOME.

Un chômage record qui touche d’abord les jeunes
Les chiffres de 2025 publiés par Our World in Data sont sans appel : avec un taux de chômage de 20,1 %, le Gabon figure parmi les six pays les plus touchés au monde.
Et la situation est encore plus dramatique chez les jeunes, dont 35,7 % se retrouvent sans emploi.
Un paradoxe d’autant plus frappant que le pays demeure l’un des plus prospères du continent. Selon le classement 2024/2025 de la Banque Africaine de Développement, le Gabon possède l’un des PIB par habitant les plus élevés d’Afrique, le 3e, se positionnant juste derrière l’île Maurice, avec 21 509 dollars par habitant.
Un pays riche, une population pauvre
Pétrole, manganèse, bois : malgré ses ressources exceptionnelles, le Gabon reste englué dans une économie de rente. Le secteur privé demeure minuscule, et les emplois formels insuffisants pour absorber la jeunesse active.
Les discours séduisants sur l’entrepreneuriat et la valorisation des métiers manuels sonnent comme un écran de fumée face aux échecs répétés des politiques publiques.

« Si les métiers manuels ne sont pas dévalorisants, pourquoi leurs enfants n’y sont pas ? » s’indigne Christelle Hyndra, pointant du doigt l’hypocrisie d’une élite qui prêche ce qu’elle ne pratique pas.
Promesses sans plan : l’impasse annoncée
Encourager l’entrepreneuriat est une bonne intention, certes. Mais dans un pays où un emploi sur cinq manque et où un jeune sur trois est au chômage, cela ne suffit pas. Avancer des défis symboliques sans stratégie solide, c’est viser la lune sans fusée.
Le nouveau pouvoir doit cesser les déclarations tapageuses et s’attaquer aux vrais enjeux : formation professionnelle, diversification économique, soutien réel aux PME, revalorisation du travail et création d’emplois durables. Il est urgent de cesser de faire peser le coût de ces dépenses sur des populations déjà éprouvées par la faim, auxquelles l’on impose chaque jour un nouveau fardeau. De nouvelles taxes viennent alourdir leur quotidien, tandis qu’un pouvoir, accusé d’être friand de détournements massifs et gangrené par la corruption, continue de s’enrichir.
Sans cela, les 50 millions de FCFA brandis comme preuve d’action resteront une simple opération de communication.
Tony





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