Combien va coûter cet anniversaire au contribuable gabonais ? Sans doute des centaines de millions, peut-être des milliards. Quel est l’intérêt d’organiser, après la commémoration du 17 août 1960 symbolisant « l’indépendance du Gabon », un autre anniversaire dédié au coup d’État dit de la libération, sachant bien qu’en termes de plus-value, tout est contestable ?
Qu’est-ce que ça rapporte au Trésor public ? Il est vrai que cette célébration va faire tourner l’économie de la capitale provinciale du fait de la présence de nombreux participants à Makokou. Du tourisme intramuros certes, qui fera découvrir aux nombreux Gabonais la ville de Makokou que beaucoup ne connaissent qu’à travers le petit écran. Avec l’excursion sur le chef-lieu de la province de l’Ogooué-Ivindo, ils verront Makokou en grandeur nature. Mais les retombées sont loin de compenser l’argent engagé pour l’événement. En plus de la logistique sécuritaire, c’est une marée de bouffes-cadeaux qui seront pris en charge, tout frais compris.
La délocalisation de la célébration de l’anniversaire du coup de la libération à Makokou est une parfaite aberration, un gâchis financier. Véritable paradoxe d’un pays sous perfusion, englué dans un surendettement devenu endémique, mais qui se tape le luxe fou d’organiser des événements dispendieux sans grand intérêt. On se croirait au royaume du monarque Mswati III du Swaziland, où son cheptel d’épouses, 15 au total, entretenues à coups de millions, ruine les finances publiques dans un pays à fort taux de pauvreté, de chômage et lourdement endetté.
Le seul intérêt à capitaliser dans cette bringue présidentielle à Makokou, c’est la pièce théâtrale dite du Coup de la libération, inspirée du putsch du 30 août 2023.
Pour rappel, il y a trois ans, le Gabon choisissait la voie de la rupture, de la libération. Le pays a fait le choix de raconter cette histoire autrement. Pas seulement à travers des discours pompeux, mais par le théâtre.
Makokou accueille donc cette pièce théâtrale, après Libreville où elle a été jouée à deux reprises. Un moment de cohésion, une occasion de se questionner sur la complexité des péripéties institutionnelles de la marche du Gabon avant sa « libération » par les militaires sous les ordres du général président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Que cette première édition soit le début d’une longue tournée nationale qui traversera les autres provinces du Gabon. Car selon des indiscrétions, le budget pour que la pièce soit jouée dans cinq autres provinces du Gabon aurait déjà été décaissé auprès du Trésor public. La caravane du Théâtre national, après Makokou, doit poursuivre sa trajectoire interprovinciale.
Laure Patricia Manevy





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