À l’aube, tandis que les chants des coqs se mêlent à la brise et à la rosée du matin, le quartier somnole encore. Mais très vite, un bruit assourdissant déchire le calme : ping-pong, ping-pong, ping-pong. Il est à peine 9 heures.
« Encore eux », lâche un riverain excédé. « Voilà plus d’un mois qu’ils viennent ici, à la même heure, et ne repartent qu’autour de 15 h 30. »
Sur place, un fourgon de police, dirigé par un lieutenant accompagné de deux agentes, tous issus de la brigade de Bikélé, posté juste avant les rails. Leur mission ? Officiellement, un simple contrôle de routine. En réalité, un véritable péage policier mis en place du lundi au vendredi.
Cette route secondaire attire du monde : la carrière de sable exploitée par des opérateurs chinois draine chaque jour des dizaines de camions chargés de gravier. Autant dire que le poste de contrôle est devenu une aubaine.
Des sifflets, de la boue et des billets
Trente minutes plus tard, le ballet commence. Les sifflets retentissent, les camions s’alignent, moteurs ronflants, sur une chaussée boueuse. Fonctionnaires, élèves et habitants doivent slalomer entre flaques et véhicules.
« Quelle absurdité ! Et on parle de changement ! », fulmine Sylvia, une résidente, en voyant un chauffeur glisser discrètement une liasse de billets dans un képi posé sous le volant du lieutenant.
« Nous, chauffeurs de camions, on paie entre 5 000 et 20 000 francs selon l’humeur ou l’infraction inventée », confie un conducteur. « Les clandos, c’est entre 1 000 et 3 000 francs, infraction ou pas. Beaucoup préfèrent éviter le coin et passer par la route principale. »
Face à cette situation, la grogne monte : « Si ça continue, on va augmenter les prix des courses, voire se mettre en grève. Ce sont les clients qui paieront », avertit un transporteur.
Un riverain, Adams, ajoute avec ironie : « Ils arrivent toujours après le départ du ministre de l’Eau et de l’Électricité. On dirait qu’ils suivent son emploi du temps. »

Intimidations et abus
La tension atteint un pic lorsqu’un habitant sort son téléphone.
« Montrez votre appareil ! Vous nous avez pris en photo ? », hurle un policier.
Le malheureux tente de protester, invoque ses droits, en vain. « Débloquez votre téléphone, je veux voir vos images », ordonne l’agent. L’homme obtempère, sous la pression. « Quelle honte ! », lâche-t-il, écœuré. « Ils sont censés représenter la nation, pas la salir. »
Un péage illégal
Selon un policier contacté sous anonymat, « leur comportement relève de la concussion, puisqu’ils perçoivent de l’argent sans base légale ».
Aucune quittance du Trésor n’est délivrée, aucun ordre de mission ne les autorise à opérer là.
« Tu paies sur place, sinon tu perds ta journée. Et si tu réclames un reçu, tu es bon pour la fourrière », explique un chauffeur clando.
Un riverain ironise : « Ces policiers font à la fois répression et comptabilité publique. La force publique, hein ! »
À 15 heures, les derniers sifflets retentissent. Le képi du lieutenant déborde de billets. Ping-pong, ping-pong… Le péage ferme pour la journée. Rendez-vous demain, puis après-demain, pour un nouveau chapitre de ce racket bien rodé.
Tony





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