mercredi, février 11, 2026
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Gabon : Le patriotisme à l’épreuve de la réalité sociale

Avec le coup d’État du 30 août 2023, un élan de patriotisme enflammé par le discours nationaliste des militaires au pouvoir a séduit de nombreux Gabonais portés par l’euphorie de la libération. Symbole de ce regain patriotique, la levée de couleurs a même été instaurée en obligation désormais dans les établissements scolaires, les administrations publiques et même parapubliques. Près de trois ans après, l’enthousiasme semble retomber à mesure que les difficultés quotidiennes de la population refont surface.

A mesure que la grève des enseignants se prolonge, les appels au patriotisme de ces derniers se font de plus en plus pressants pour “sauver l’année scolaire”. Au nom du patriotisme, ils doivent donc renoncer à réclamer leurs droits, continuer à enseigner dans des conditions précaires depuis des décennies. Pendant ce temps, d’autres Gabonais, parfois moins méritants qu’eux jouissent d’avantages dus à leurs nominations dans des administrations ou institutions parfois superfétatoires.

Or, “le patriotisme ne doit pas se limiter à se retrouver autour du mât, pour saluer le drapeau. Il faudrait que quand on parle de ça, qu’on le ressente réellement”, s’exclamait en mars 2024, un employé du pétrole qui fustigeait l’interdiction faite aux pétroliers d’organiser une marche en hommage de leurs collègues, victimes de l’incendie sur le site de Bekuna qui avait coûté la vie à cinq d’entre eux. Ce ressenti, au-delà du secteur pétrolier, résume à lui seul, l’état d’esprit de nombreux Gabonais qui commencent à déchanter face à la promesse d’un Gabon digne d’envie faite par les militaires au lendemain du coup d’Etat qui a renversé Ali Bongo. La flamme allumée du patriotisme, de l’espoir d’un nouveau Gabon semble peu à peu s’éteindre, laissant place au pessimisme habituel d’une gabonitude bien connue dans le pays “on va encore faire comment?”.

La peau dure des vieilles habitudes

Car le chômage, la flambée des prix des denrées alimentaires, le coût du loyer, la modicité des salaires, les multiplicité d’impôts et autres taxes qui rendent la vie de plus en plus chère, ajoutez à cela les difficultés d’accès à l’eau potable, les coupures d’électricité qui se sont aggravées ces deux dernières années, avec leur corollaire de dommages sur l’électroménager dans les maisons, la mobilité urbaine de plus en plus difficile à Libreville surtout, avec le phénomène d’embouteillages monstres, les routes vitales impraticables, qui rendent les coûts de trajets davantage exorbitants, toutes ces réalités quotidiennes vécues par les populations depuis le règne des Bongo, n’ont pas jusqu’ici connu de changement significatif, malgré les assurances futuristes des nouvelles autorités.

Le pouvoir a peut-être changé de main, mais leur vie, elle, n’a guère changé. De plus, comme une mentalité solidement ancrée dans les pratiques de tous les jours, les nominations politiques restent pour l’essentiel l’apanage du réseau, du piston, les concours d’accès à la fonction publique continuent toujours d’être soupçonnés de favoritisme. Le cas du dernier concours d’entrée à l’ENA, l’école nationale d’administration en dit long. Mieux, il est resté comme une tâche indélébile de tricherie avec des candidats non inscrits au départ, mais déclarés admis à l’arrivée. Cela au détriment des recalés qui ont observé plusieurs mois de grève pacifique devant l’Assemblée nationale pour dénoncer une tricherie flagrante. C’est le cas également pour les derniers concours organisés par les forces de défense et de sécurité, des concours largement décriés pour fraude flagrante. Sur la toile, certains recalés n’ont pas hésité à brandir ce qu’ils ont présenté comme des preuves de cette fraude manifeste.


Autant d’éléments, de vieilles habitudes héritées de l’ancien régime et entretenues, qui vident le patriotisme de sa substance, le réduisant à un simple slogan politique qu’à autre chose. Pourtant, si le patriotisme induit l’amour, l’attachement et le dévouement pour son pays, il ne semble manifestement pas la chose la mieux partagée au Gabon dans un contexte d’inégalités et d’injustices sociales chroniques. Dans un tel contexte, la levée de drapeau et la mimique de l’hymne national, même par contrainte ou par ostentation dans une administration, dans une entreprise ne saurait chambouler véritablement la conviction de ceux qui n’y croient plus. Car, dit-on souvent, “ventre affamé n’a point d’oreille”.

Leno Koleba

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