AccueilÉducationLe grand collège d'Agondje : de l'arnaque en bande organisée

Le grand collège d’Agondje : de l’arnaque en bande organisée

Le ministère de l’Éducation nationale a-t-il un regard critique sur le fonctionnement des établissements d’enseignement privés et d’utilité publique, ou se contente-t-il simplement, par le biais de ses bras séculiers que sont les inspecteurs et autres conseillers d’académie, de veiller à l’application scrupuleuse des curricula imposés par la direction d’académie ? Et que font les syndicats du secteur, souvent prompts à réclamer des avantages liés à leur profession et à exiger des commodités pour les apprenants ? Et à quoi sert l’association des parents d’élèves, souvent appelée à des réunions stupides et inutiles qui constituent une perte de temps, alors que le fonctionnement des établissements scolaires est dans ses cordes ?

Ces questions tombent sous le sens au vu des nombreux dysfonctionnements qui infestent le milieu éducatif. Le collège d’Akanda est un bel échantillon des dérives managériales qui semblent échapper à ces trois entités qui devraient pourtant veiller au grain.

Les parents, à chaque rentrée scolaire, s’acquittent des frais d’inscription et d’écolage, auxquels s’ajoutent ceux liés à la gamme d’articles exigés lors de l’inscription ou de la réinscription, dont deux polos d’une valeur de 26 000 FCFA.

Dans cet établissement situé dans la commune d’Akanda, au nord de Libreville, il est impossible de réinscrire votre bambin sans vous acquitter au préalable des frais des deux polos faisant office d’uniformes. Vous êtes aussi tenus de casquer 5 000 FCFA pour la carte scolaire et 5 000 FCFA pour le carnet de liaison. Il arrive que les parents s’acquittent des frais sans que ces deux documents ne leur soient remis et qui, l’année prochaine, seront condamnés à les refinancer.

Lorsque les parents se plaignent de ces manquements, l’administration de l’établissement, pour sa défense, accuse le prestataire qui n’aurait pas, aux dires de l’administration, livré la commande. Même chose pour les polos. Une explication qui a tout d’une piètre échappatoire sur fond d’arnaque organisée.

Le cas le plus hallucinant est l’expérience vécue par une parente d’élève. La dame, ayant payé les deux polos non livrés, son rejeton s’était résolu à porter les deux polos de l’année précédente sans qu’elle ait été remboursée des frais. Comble du ridicule, l’année d’après, l’établissement exige des parents de payer à nouveau.

Le responsable de l’établissement, saisi de la situation, va exiger que la dame lui fournisse le reçu qui confirme que les frais avaient été bel et bien versés. La dame, qui n’est pas censée conserver un reçu, demande au proviseur de mobiliser ses services administratifs qui disposent de souches dans le carnet de reçus pour toute traçabilité. Monsieur, du haut de sa fonction, refuse. Ça puait l’arnaque à mille lieues. Pourtant, lorsque certains parents accusent des arriérés de frais d’écolage, ils sont promptement rappelés à éponger l’ardoise en s’appuyant sur la souche, faute de quoi l’enfant est exclu. Il n’est jamais fait obligation aux parents de présenter le reçu des arriérés de non-paiement avant qu’ils soient appelés à régler la facture. Ici, comme c’est à l’avantage de l’établissement, se référer aux souches devient une gageure qui va faire perdre de l’argent. Il est bon de faire du business, mais pas en spoliant les parents d’élèves qui deviennent des vaches à lait. Impensable pour des pédagogues pourtant entraînés à l’art de la morale sociale.

Autres incongruités à mettre au crédit de ce collège : les parents versent 44 000 FCFA pour une coopérative qui n’a pas lieu d’être, puisqu’elle n’apporte aucune plus-value à l’apprenant, hormis quelques actions minimalistes en dessous de ce qu’une coopérative est censée proposer. L’école offre un module informatique payé 12 000 FCFA le trimestre, en marge de ce que cela coûte aux parents en termes de frais d’écolage versés chaque début d’année académique. Et à quoi sert donc l’argent de la coopérative, dont le but est aussi de financer ces petites formations additionnelles ?

Le directeur nouvellement nommé et qui chapeaute désormais tous les collèges de cette chaîne de formation du second degré, contacté par nos soins, a reconnu certains faits incriminés dont il hérite de ses prédécesseurs. « Les hommes passent et l’administration reste. » Au nom de cette maxime, il s’engage à corriger les ratés. Mais il dit avoir rassuré les parents d’élèves que ces dysfonctionnements seront réparés, qu’ils lui accordent seulement un peu de temps pour prendre ses marques et que tout rentrera dans l’ordre.

Ghoze Lucifera

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