mercredi, février 18, 2026
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Suspension des réseaux sociaux : Un mauvais présage pour la 5ème République ?

En annonçant par un communiqué lu mardi soir à la télévision nationale, la suspension jusqu’à nouvel ordre des réseaux sociaux, la HAC, Haute Autorité de la Communication inaugure là, par une censure inédite, la cinquième République instaurée et vantée par le pouvoir du Général-président, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a renversé Ali Bongo en août 2023.

Selon la Haute Autorité de la Communication, cette décision est motivée par la “la diffusion récurrente de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux, portant atteinte à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale”. Conséquence, depuis mercredi matin, impossible de se connecter à TikTok, l’une des plateformes les plus utilisées au Gabon. Quant à WhatsApp et Facebook, l’accès reste limité. Difficile donc de publier, d’accéder au flux d’informations ou de passer des appels.

Conséquences économiques

En restreignant l’accès à ces réseaux sociaux, le gouvernement à travers la HAC, limite aussi les possibilités d’entrepreneuriat dans un pays où le chômage des jeunes atteint 37% d’après la Banque mondiale. Car l’explosion du commerce en ligne via ces applications est devenue un moyen de subsistance au Gabon. Une décision paradoxale, alors que les autorités gouvernementales encouragent les jeunes à entreprendre pour lutter contre ce chômage de masse. Avec cette limitation d’accès à ces plateformes, pas de publication et donc pas de communication entre les restaurateurs, les vendeurs de vêtements et autres articles avec leur clientèle, le e-commerce étant devenu une véritable bouffée d’oxygène pour de nombreux Gabonais débrouillards, y compris même pour les grandes enseignes qui font la promotion de leurs marchandises en ligne. Avec une telle décision, c’est donc tout un pan de l’activité économique qui se trouve paralysé dans un contexte de vie de plus en plus chère au Gabon.

Signal politique

Avec cette restriction d’accès aux réseaux sociaux qui se sont imposés aujourd’hui comme une des infrastructures de la liberté d’expression et donc de la démocratie, le gouvernement d’Oligui Nguema a pris le risque d’un discrédit politique du point de vue de l’opinion. D’autant que le rétablissement d’Internet et autres restrictions aux réseaux sociaux fut la première décision qu’il prît dans la foulée du coup d’Etat du 30 août 2023, alors qu’ils avaient été coupés par le gouvernement déchu d’Ali Bongo au lendemain de la présidentielle organisée quelques jours plutôt. Plus de deux ans plus tard, tandis que le pays est entré désormais dans la cinquième République qui promettait plus de libertés, l’histoire semble se répéter d’un régime à un autre. A la seule différence que la coupure d’Internet par le régime d’Ali Bongo n’était opéré que lors des élections présidentielles.

Sous la cinquième république, elle l’est pour des motifs aussi vagues qu’imprécises. Car, en alléguant des “contenus inappropriés, injurieux, une menace de déstabilisation des institutions”, sans toutefois citer clairement ces contenus, alors que l’État dispose de services de renseignement pouvant les traquer, les autorités peinent à convaincre de la sincérité de telles allégations pour justifier une décision qui, visiblement passe mal. Surtout que le gouvernement ne dit pas à quoi va servir ce temps de suspension et quand va-t-elle être levée. Une décision vue comme une censure de la liberté d’expression, un danger pour la démocratie et donc un mauvais présage de ce que réserve réellement le régime actuel dans les prochaines années.

Car en Afrique et même partout à travers le monde, le refus d’admettre la moindre critique est bien souvent le point de départ d’un basculement dans l’autoritarisme et la dictature d’un régime convaincu, dur comme fer, de la justesse de ses agissements incontestables et incontestés. Si cela se produisait au Gabon, le coup d’État euphémisé en coup de libération n’aura été qu’une amère désillusion pour ceux qui, au petit matin du 30 août avaient vite fait de saluer dans une liesse naïve, l’essor d’un Gabon nouveau.

Leno Koleba

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