À Libreville, la mendicité n’est plus un phénomène discret. Année après année, elle devient plus visible, plus présente, et surtout plus diverse. Ce qui interpelle aujourd’hui, ce n’est pas seulement le nombre de personnes qui tendent la main, mais aussi leur profil : on voit désormais des Gabonais en plus grand nombre, là où le phénomène semblait autrefois concentré dans quelques zones et davantage porté par des communautés étrangères.
Aux abords des grandes surfaces, dans les marchés, près des administrations et de certaines institutions, la scène se répète : hommes, femmes, enfants, jeunes, personnes âgées, personnes valides ou en situation de handicap. Tous demandent quelques pièces, parfois 100 ou 200 francs, et cette présence constante finit par inquiéter autant qu’elle questionne.
Pour beaucoup d’observateurs, cette situation reflète des problèmes plus profonds : pauvreté, chômage, fragilité des solidarités familiales, mais aussi faiblesse des dispositifs d’aide sociale. Un enseignant rencontré aux Charbonnages résume ce changement : autrefois, dit-il, la mendicité concernait surtout des personnes très vulnérables ; aujourd’hui, on croise aussi des personnes qui paraissent capables de travailler, ce qui nourrit un malaise et une incompréhension.
Ce qui choque le plus certains habitants, c’est la présence d’enfants très jeunes. Une commerçante à Louis s’indigne de voir des enfants de 5 à 8 ans interpeller les passants, et s’interroge sur la responsabilité des adultes autour d’eux. D’autres témoignages vont dans le même sens : des mères, parfois âgées, demanderaient l’aumône avec un enfant à la main, alors qu’elles pourraient, selon des riverains, exercer de petites activités de survie. Derrière ces scènes, une même question revient avec insistance : où sont les familles, où sont les services sociaux, où est l’État ?
Au-delà de l’émotion, le sujet appelle une réponse collective. Car lorsque la rue devient un “refuge” ou une “solution”, les risques augmentent : exploitation, abus, et parfois dérives proches de la traite des êtres humains, notamment lorsqu’il s’agit de femmes et d’enfants. Les chiffres précis manquent, mais le texte rappelle deux facteurs qui aggravent la vulnérabilité : la précarité (environ 30% de la population serait pauvre, selon l’estimation citée) et l’absence d’enregistrement des naissances pour une partie des enfants, ce qui peut compliquer leur protection et leur accès aux droits.
Le constat est dur, mais il est clair : la mendicité qui s’étend dans Libreville n’est pas seulement un fait de rue. C’est un signal social, qui appelle à la fois solidarité, action publique, et mesures concrètes pour éviter que cette réalité ne s’installe comme une normalité.





Commentaires récents