LE CLIMAT IMPOSE DE REPENSER LES MAPANES
En recevant le président de l’Ordre des Architectes à la veille du 15e Congrès de l’Union des Architectes d’Afrique, le Vice-Président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a défendu la nécessité d’édicter des règles notamment sur l’aménagement urbain. Une ambition qui résonne avec une actualité climatique brutale : plus de 40.000 sinistrés dans la Likouala, région du Congo voisin et une alerte orange aux pluies diluviennes en RDC. Pour le Gabon, qui partage le Bassin du Congo et dont les mapanes occupent les zones les plus vulnérables, l’avertissement est clair.
L’audience aurait pu passer pour protocolaire. Mercredi 28 octobre 2026, le Vice-Président de la République (VPR), Alexandre Barro Chambrier, reçoit le bureau du Conseil national de l’Ordre Gabonais des Architectes (OGA), conduit par Hermès Allogho Eko Mba. Au menu : la préparation du 15e Congrès de l’Union des Architectes d’Afrique, que Libreville accueillera du 30 novembre au 5 décembre.
Mais comme dit l’adage, le diable se cache dans les détails. Au-delà de l’événement, les yeux les plus avisés auront perçu une exigence majeure.
Une nécessité que résume le président de l’OGA lui-même : « Il faudrait qu’aujourd’hui le bâtiment, le cadre de vie, l’espace de vie, soient capables de résister à tous les facteurs environnants. »
D’où l’impératif d’un cadre juridique. Ce texte de loi doit repenser les mapanes, ces quartiers sous-intégrés.
Repenser Venez-voir, Derrière l’Hôpital, Akébé , Cocotiers, Bangoos, les PK, Nzeng-Ayong, Avéa… Autant de quartiers bâtis dans des fonds de vallées, sur des berges, sur des pentes instables.
Dans ce contexte, comme le dit Allogho Eko Mba, il faudrait cartographier ces mapanes et cesser de construire là où l’eau a toujours coulé.
Sur ce point, l’architecte en chef rejoint la Politique Nationale d’Aménagement du Territoire (PNAT) que porte le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema. Politique réitérée devant l’OGA par le VPR Alexandre Barro Chambrier : il s’agit de « concilier urbanisation maîtrisée, gestion durable des ressources naturelles et adaptation aux changements climatiques ».
Ouvrons les yeux. Le climat ne commente pas, il frappe.
L’adaptation dont on parle n’est plus théorique. Elle porte un bilan.
Entre le 9 et le 10 octobre 2026, des pluies torrentielles se sont abattues sur le nord du Congo-Brazzaville : plus 42. 000 personnes sinistrées, plus de 4 000 habitations submergées, 15 villages entièrement sous les eaux, avec destruction des routes, des récoltes et du matériel de pêche.
Dans l’Est de la RDC, les services météorologiques ont prévenu le 21 octobre : « Nous sommes en alerte orange. L’Est risque de connaître de fortes inondations et des éboulements de terrain. Trente à quarante pour cent de pluies de plus que la normale sont attendues. »
La Direction Générale de la Protection Civile de la RD.Congo a déjà cartographié plus de 450 sites à haut risque dans les principales villes de la partie orientale du pays : Goma et Bukavu.
Bien entendu, les mapanes restent en première ligne climatique au Gabon.
Le parallèle avec Libreville est inévitable. Nos quartiers précaires sont précisément situés là où les experts demandent d’éviter de construire : bassins versants, lits de rivières, pentes instables.
Repenser leur aménagement revient à établir des normes de construction face au risque climatique.
Ouvrons bien les yeux.
Si la loi à venir ne doit servir que dans les forums et autres séminaires, elle manquera sa cible. Si elle sert à interdire de construire en zone inondable et à relocaliser avec dignité, alors elle aura, pour la première fois dans notre pays, traité les mapanes non comme un problème à effacer, mais comme une population à protéger.
L’eau ne fait pas de politique. Elle suit la pente. À nous de ne plus construire sur son chemin.
Sylver-Eddy Etomba : Journaliste/ Sud-Version
















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