Ils étaient de nombreux traditionalistes africains venus de plusieurs pays d’ Afrique qui ont fait le déplacement de Libreville à l’ invitation des autorités gabonaises, assister à l’ inauguration du palais des congrès de la cité de la démocratie, il y a quelques jours.
Double enjeux du rendez-vous de Libreville
En marge de la cérémonie inaugurale du palais des congrès qui a drainé grand monde dont des invités de marque notamment des chefs d’États et des traditionalistes venus de plusieurs pays d’ Afrique centrale et de l’ ouest. Également présents dans la capitale gabonaise, des Rois africains venus du Cameroun et d’ autres régions africaines, lesquels Rois ont tenu à visiter le siège de l’association nationale baptisée »maghanga ma nzambe » (anmmn) situé au quartier ambowe non loin du débarcadère. C’est un » lieu de préservation et de transmission des savoirs ancestraux », confie, avec ferveur, son Directeur national maître Moubeyi Bouale qui présidait cette rencontre entre traditionalistes africains. Rencontre qui s’est muée en une sorte de carrefour des dépositaires des cultures ancestrales. C’est » une rencontre entre héritiers d’une même mémoire, porteurs d’ une histoire commune et gardiens d’un patrimoine spirituel, culturel et identitaire qui traverse les siècles », renchérit le directeur national de l’ anmmn qui ajoute qu’ils »incarnent la continuité vivante des lignées ancestrales ».
Réécrire l’ histoire des peuples colonisés déconstruite par les oppresseurs
Cette rencontre entre traditionalistes africains sonnait comme une réponse magistrale face à l’ histoire africaine falsifiée par les prédateurs caucasiens qui tenaient coûte que coûte à gommer l’ identité culturelle des peuples colonisés aux fins d’en faire un peuple d’ assimilés parés d’ identifiants culturels des maîtres blancs.
Les gardiens du »Temple traditionnel » qui entendent perpétuer les traditions ancestrales dans l’ Afrique contemporaine, ont pour mission d’ apporter l’équilibre spirituel, social et culturel dans une Afrique colonisée et en perte de repères culturels.
C’est tout le sens du combat que mènent les traditionnalistes réunis au sein de l’ association nationale maghanga ma nzambe qui entendent perpétuer une tradition en perte de vitesse et qui font de l’ héritage ancestral comme le rite bwete ou bwiti ( c’est selon les régions où il se pratique), le bois sacré appelé dibogha et la médecine traditionnelle, un véritable sacerdoce.
Le bwete ou bwiti pratiqué aussi bien au sud qu’au nord du Gabon par plusieurs ethnies qui ont ce rite en partage, aurait pu servir de mythe fondateur de la nation gabonaise. Ce rite aurait pu constituer une rampe à une étude ethnolinguistique visant à jeter les bases d’une réflexion pour une langue véhiculaire nationale. Malheureusement le projet, initié autrefois, avait été dynamité dans l’ oeuf par des ethnologues, anthropologues et autres linguistes Gabonais habités sans doute de mauvaises intentions sur fond de repli identitaire.
Le bwiti, rite initiatique qui fusionne spiritualité, l’ art divinatoire et médecine traditionnelle et dont le bois sacré d’iboga est le trait d’union entre les ancêtres et le monde des vivants, présenté par la science occidentale comme une drogue hallucinogène à l’ instar du champignon appelé peyolt chez les Amérindiens, a des vertus thérapeutiques indéniables. Les industries pharmaceutiques occidentales l’ ont si bien compris. Actuellement cette plante présente, aux yeux des scientifiques occidentaux, un grand intérêt pour ses vertus thérapeutiques utilisées dans le traitement des addictions aux drogues dures.
La vulgarisation, la préservation et la valorisation du patrimoine immatériel légué par les ancêtres, doivent être soutenues et inscrites dans les politiques publiques. Car c’est toute la mémoire culturelle et l’ identité de tout un peuple qui se trouvent menacées de disparition.
Jusqu’à quand l’ occident va-il continuer à parfaire son œuvre d’aliénation des peuples africains? Nous assistons, impuissants, à une recolonisation sous le vernis d’ artifices insidieux qui mettent à mal notre identité en tant qu’africains.
Les églises et autres lieux de cultes, émanations des barbares blancs, sont remplis d’ Africains acculturés qui ignorent tout de leur véritable identité parce que encore sous l’influence d’une doctrine venue d’ ailleurs.
L’ association nationale maghanga ma nzambe a vraiment du pain sur la planche.
Ghoze Lucifera





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