Avec ses murs dégarnis aux couleurs ocres, son architecture archaïque datant sans doute de l’ âge de pierres, la prison centrale de Libreville qui a tout d’ un enclos pour cheptels de bovins, est le lieu où sont parqués, tel du bétail, des humains indélicats, la plupart en détention préventive qui peut aller au-delà de 6 mois, c’est souvent le cas, tel que prévu dans le code de procédure pénale.
La prison centrale de Libreville est un mouroir. Lorsque vous y êtes admis vivant, la sortie peut être fatale et vous terminez entre quatre planches. C’est à dire mort faute de soins contre une quelconque banale infection médicale.
Gros bouquet manque de tout, même les paracétamols sont un luxe. Les cas des maladies qui nécessitent un suivi médical d’ urgence, à défaut de vous voir crever, vous êtes conduits à une structure sanitaire hors de l’ environnement carcéral puisque l’ infirmerie, dépourvue de moyens de riposte face à une infection, se voit obligée d’ envoyer les malades dans les hôpitaux de la place.
Face à cette difficulté, les autorités carcérales ont pris l’option de former leurs agents aux métiers sanitaires dans la section des soins infirmiers.
À la prison centrale de Libreville existe toute une organisation. Vous trouverez des maires, des percepteurs d’ Impôts, des agents de sécurité y compris des convoyeurs.
Lorsque vous arrivez à la prison sous mandat de dépôt, vous êtes tenus de payer à »la mairie » une taxe forfaitaire de 3000 fcfa contre votre séjour dans cette circonscription carcérale. Faute de quoi vous êtes condamnés à vider les poubelles de tous les quartiers en compassation de la somme non versée à »la mairie ».
Gros bouquet est un labyrinthe, un dédale de couloirs humides. Des blocs hétéroclites appelés abusivement quartiers, vous accueillent.
Dans chaque bloc, règne un chef qui dicte sa loi dans sa circonscription. Si vous n’êtes pas un habitué des lieux, vous risquez de vous perdre.
Lorsqu’ arrive le service traiteur de vidange de la fosse septique, vous êtes tenus de payer la somme de 1000 FCFA. Si vous ne payez pas, vous êtes soumis aux travaux de nettoyage de la prison. On vous réveille au petit matin pour accomplir votre tâche. C’est le cas de ceux qui sont appelés là-bas les »grabataires », c’est à dire ceux qui, oubliés ou ignorés par les parents, n’ ont aucune ressource pour s’acquitter des taxes.
L’ alimentation en milieu carcéral, ça c’est une autre paire de manche. Du lundi au samedi vous êtes soumis à un menu composé de pains et une partie de l’ aile de poulet, excepté le jeudi où en plus de l’ aile de poulet, vous avez droit à un bol de riz.
Mais dimanche, c’est un jour salué par tous les pensionnaires ou presque. C’est le seul jour de la semaine que les prisonniers ont droit à un pain et une boîte de sardine. Un menu très prisé à la prison centrale de Libreville.
Pour ceux qui, un peu fortunés, ne veulent pas s’alimenter avec ce genre de recette, vont se faire des provisions à la supérette du quartier. Chaque quartier de la prison a sa supérette tenue par des prisonniers condamnés à des peines de longues durées. Les tenanciers sont tenus de verser aux chefs de quartiers la somme de 10 000 FCFA chaque vendredi du mois.
On est en droit de se demander où va tout cet argent récolté aussi bien par la mairie que par les agents de sécurité. De même que l’ argent versé par les gérants des superettes implantées dans l’ enceinte de la prison centrale.
En 2025 le budget du ministère de la justice plafonnait à un peu plus de 51milliads dont 9 pour cent affectés à l’ administration pénitentiaire pour la nourriture des détenus et l’ entretien de la prison. Mais comment alors comprendre que les détenus soient sollicités pour le financement du prestataire en charge de la vidange de la fosse septique et soumis à un menu qui ressemble à de la bouffe pour chiens.
À la prison centrale de Libreville, se dessinent pas mal de trafics de produits prohibés, un trafic d’ailleurs connu des matons, mais toléré semble-t-il par l’ administration pénitentiaire qui en tirerait profit.
Au sein de la prison centrale de Libreville, toutes les drogues douces ou dures sont écoulées au nez et à la barbe des autorités carcérales.
Les prisonniers rétifs aux avances amoureuses de certains pensionnaires, sont drogués et violés et cela en toute impunité. À la jungle comme à la jungle où le plus fort mange le plus faible.
D’autres, contre un fond de marmite et une sécurité de fait, s’adonnent à cœur joie. Ainsi va la vie à la maison d’arrêt de Libreville.
Gustave Irapula





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