Après la condamnation à 20 ans de réclusion criminelle mardi de l’ex-première dame, Sylvia Bongo et de son fils Noureddine Bongo Valentin, au quatrième jour du procès jeudi de leurs co-accusés, l’opinion qui suit ce jugement en direct à la télévision, semble nourrir désormais le sentiment d’une justice sélective pour les noms régulièrement cités comme étant les pièces manquantes des accusations de détournement de fonds publics, blanchiment des capitaux, corruption, etc. mais qui ne comparaissent pas.
Yann Koubdje, l’ancien patron du trésor gabonais et François Oyabi, ancien représentant de la majorité présidentielle au CGE, Centre gabonais des élections, deux noms régulièrement cités à mesure que le procès des ex-collaborateurs d’Ali, Sylvia et Noureddine Bongo déroule ses détails les plus troublants.
Le premier est abondamment cité comme celui qui décaissait les valises d’argent ayant été saisi aux domiciles des accusés, regroupés sous l’appellation éponyme de la “youn team”. Au temps où il était à BGFI, Yann Koubdje aurait géré un compte n°4000304100 21008951013-55, intitulé « REPUBLIQUE GABONAISE – TRESOR PUBLIC ». Il s’agit en fait de deux comptes distincts simplement couplés, et régulièrement provisionnés, principalement pour les besoins de trésorerie de la présidence de la République gabonaise. L’argent proviendrait des redevances versées par les compagnies pétrolières à l’Etat gabonais, toutes les recettes issues du pétrole et tout type de bonus liés aux activités extractives. Le compte servait également aux dépôts des entreprises parapubliques pour tous leurs dépôts au Trésor. Selon la Cour criminelle spécialisée qui juge les ex-collaborateurs de la famille Bongo, c’est de ces deux comptes bancaires que sortait tout l’argent ayant servi à satisfaire les lubies de la famille présidentielle et de ses affidés.
Les 500.000.000 de FCFA de corruption au CGE
Le soir du 30 août 2023, Yann Ngoulou, ex-directeur de cabinet de Noureddine, Yann Koubdje, le patron du trésor, Mohamed Aliou, l’ex-directeur de cabinet adjoint d’Ali Bongo et tous les autres membres de la “Young team” sont réunis au domicile de Noureddine pour suivre les résultats de la présidentielle organisée six jours plutôt. C’est alors qu’un appel inquiétant du représentant de la majorité au CGE, Centre gabonais des élections, François Oyabi à Noureddine Bongo Valentin informe ce dernier d’une crise causée par l’ancien porte-parole de la présidence de la République, Jessye Ella Ekogha qui vient de faire irruption dans l’institution alors en plénière qui devait statuer sur les résultats de la présidentielle. Il faut donc urgemment de l’argent à Oyabi qui doit convaincre tous les autres membres de l’institution de reprendre la plénière. Noureddine Bongo appelle en aparté, Yann Koubdje qui revient quelques minutes plus tard avec une valise contenant 500.000.000 de FCFA. Mais arrivés à l’entrée de la cité de la démocratie, les commissionnaires sont arrêtés. Parmi eux, Yann Ngoulou et Cyriac Nvourandjami.
Le sentiment d’une justice à deux vitesse
Bien que régulièrement cités dans ce chef-d’accusation de détournement des fonds publics, corruption, et autres, Yann Koubdje et François Oyabi ne semblent pas inquiétés par ce procès dans lequel ils auraient dû comparaître. D’après le président de la Cour criminelle spécialisée, l’ordonnance de renvoi devant la Cour ne comportant pas les noms des intéressés, il est donc impossible de les convoquer au procès. Ce qui, d’un sentiment général, laisse déjà un goût d’inachevé et présage d’une justice sélective pour une affaire avec autant de ramifications. C’est également le cas pour les responsables de BGFI et même de l’ancienne mairesse de Libreville, Marie Christine Mba. Tout comme pour Sylvia et Noureddine, condamnés expéditivement par contumace après leur sortie du pays en mai dernier, on ne saura peut-être jamais toute la vérité dans le procès de leurs collaborateurs de la “Young team”, avec les autres pièces manquantes de ce puzzle mafieux qui aura mis le Gabon à genoux par le détournement sans vergogne des milliers de milliards au bénéfice d’un groupuscule simplement opportuniste.
Leno Koleba





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