AccueilSociétéMises en débet et amendes : la Cour des comptes s’est fourvoyée

Mises en débet et amendes : la Cour des comptes s’est fourvoyée

Cette juridiction a publié tambour battant son rapport de mises en débet et d’amendes infligées aux justiciables, des ordonnateurs de crédits pour la plupart accusés d’irrégularités dans la gestion des finances publiques. Le dernier rapport épingle un certain nombre de dignitaires, et pas des moindres.

Mais seulement, à l’analyse des informations contenues dans le document, certaines personnalités pourtant mises en débet, dont les noms sont inexistants dans le fameux recueil, éclaboussent même ceux ayant bénéficié d’un non-lieu. Une curiosité qui questionne.

Comment comprendre que le rapport ait été publié sans qu’il soit extirpé des décisions rendues, à l’issue desquelles certains mis en débet avaient été blanchis pour insuffisance de preuves ? Une trentaine environ, dont les noms figurent dans le rapport sans que cela n’éveille la vigilance, voire la curiosité, des juges financiers. C’est le cas de l’ancien ministre des Finances et de l’Économie forestière Émile Doumba, outrageusement cité dans ce rapport alors qu’il avait bénéficié d’une décision l’ayant blanchi en même temps que d’autres dans son cas.

Les cas les plus hallucinants, ce sont ceux des agents de Gabon-Poste et ceux de Libertis SA, qui avaient saisi la Cour des comptes parce que l’achat des parts du capital de cette entité par le Maroc cachait des zones d’ombre au détriment de la partie gabonaise. L’Institution s’était déclarée incompétente dans ce deal. Mais, comme par extraordinaire, leurs noms apparaissent dans ce recueil des agents indélicats.

Le premier président de chambre Alex Euv Moutsiangou, président de l’Institution, débarqué à l’issue du Conseil de la magistrature du 16 septembre à Port-Gentil, aurait-il fait dans la précipitation, au point d’écarter les services du greffe en charge de la rédaction des décisions et de la conservation des archives ?

Avec un zèle débordant, le président de l’Institution, voulant tellement plaire au président Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est tiré une balle dans les pieds. Son éviction, juste après la publication du rapport et ses shows médiatiques, a fini par avoir raison de lui.

Il suffisait pourtant de faire un inventaire des décisions rendues et de les confronter aux informations contenues dans le rapport avant de le publier. Le greffe aurait-il refusé de collaborer à la rédaction de ce rapport qui frise un amateurisme que l’on peine à comprendre ? Est-ce l’œuvre de complotistes qui veulent régler des comptes, vu que le fait politique vampirise tout le corps administratif ? Venant des juges financiers, de surcroît de hauts rangs, magistrats hors catégorie, on tombe des nues.

À croire que ce rapport, que l’Institution a décidé de rendre public puisque motivé par l’article 3 de sa loi organique, qui dispose que « la Cour des comptes juge de l’opportunité de la publication de ses avis, décisions et rapports », comporte d’autres motivations que celle de mettre des informations à la disposition des Gabonais.

Mais fait curieux : des personnes soupçonnées d’irrégularités dans la gestion des fonds publics de la République sont connues — le cas de Jean-Pierre Lemboumba Lepandou, le fils de Marie-Madeleine Mborantsuo, Fabrice Andjoua et sa génitrice, le cas d’Idriss Ngari qui avait transformé l’armée en une propriété privée, et que dire du cerveau des 500 milliards de FCFA, Aurélien Ntoutoum, frère du président Brice Clotaire Oligui Nguema, exfiltré du Gabon pour un poste diplomatique en Inde ? Et qu’en est-il du troublion Manf’10, le puissant ex-DG du Budget qui a bâti sa fortune aux côtés de Maixent Accombessi, dont il était le nègre de service, au point même de transférer le Trésor public à la présidence de la République ? Et ceux qui ont géré les entreprises publiques telles que l’Oprag, l’Octra, l’ancêtre de la Setrag ? Curieusement, leurs noms ne figurent nullement dans cette compilation des débets et amendes.

Il reste à l’Institution à publier la nouvelle mouture corrigée du rapport, qui comporte des bourdes monumentales, afin de laver l’honneur et la respectabilité des personnes injustement mises en cause et placées dans le même registre déshonorant des indélicats ayant fait main basse sur les fonds publics.

Autres faits curieux qui interrogent : seuls les anciens ministres des Finances et les TPG ressortissants de l’Ogooué-Lolo et du Moyen-Ogooué sont frappés de débet, et les autres, issus d’autres provinces, dont la régularité de gestion des deniers publics reste contestable ? On s’interroge.

Pascal Laurent

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