1 700 milliards de mises en débet et d’amendes infligées à plus d’une soixantaine de justiciables gabonais : ce sont les conclusions du dernier rapport rendu public par la Cour des comptes, éditrice du document.
Parmi les personnalités citées dans ce rapport, plus d’une trentaine avaient été blanchies à la lumière des arrêts et décisions rendus par l’Institution. C’est le cas de l’ancien ministre des Finances et de l’Économie forestière Émile Doumba, malencontreusement présenté dans ce recueil comme faisant partie des personnes mises en débet, alors que la Cour des comptes l’avait blanchi à l’issue d’un arrêt pris lors d’une audience à laquelle participait le président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, à l’époque président de chambre.
Pour la petite histoire, Émile Doumba, alors ministre des Finances, avait, en Conseil des ministres, introduit un dossier pour surseoir à l’application d’une taxe imposée aux armateurs. À cette époque, le prix du baril de pétrole avait chuté et se vendait à neuf dollars. Cette suspension était vitale pour les armateurs, pour qui la taxe imposée constituait un boulet pour leurs marges bénéficiaires.
Le Conseil des ministres avait validé le projet de suspension de l’application de cette taxe opposable aux armateurs.
En mission à Washington, son ministre délégué Fabien Ovono Essonno reçoit un coup de fil du président Albert-Bernard Bongo, qui le somme de demander au directeur général du Conseil gabonais des chargeurs d’ouvrir un compte dans les livres de la FIBA France et d’instruire les acheteurs du pétrole gabonais, sur le marché international, de payer des taxes à reverser sur ce compte ouvert au nom de l’État gabonais.
Une banque soupçonnée de blanchiment d’argent issu des recettes pétrolières.
Le ministre délégué informe son patron. Émile Doumba n’y voit pas d’inconvénient à ce que son dossier, pourtant validé en Conseil des ministres, prenne une autre trajectoire. Puisque l’ordre vient du président de la République, l’autorité suprême, quel pouvoir avait le ministre des Finances pour s’opposer à une injonction présidentielle ?
Émile Doumba est mis en débet pour avoir permis l’ouverture de ce compte. Il lui sera signifié qu’il est mis en débet en tant qu’autorité de tutelle. Le conseil d’Émile Doumba, représenté par Maître Moubeyi Bouale, fait remarquer à l’Institution que l’autorité de tutelle est le ministère des Transports et non celui des Finances.
À l’issue d’un jugement contradictoire sous la présidence de Gilbert Ngoulakia, et auquel avait pris part Alex Euv Moutsiangou, le président éjecté, la Cour avait fini par rendre un arrêt ayant blanchi Émile Doumba.
Mais, comme par extraordinaire, le nom de cet ancien ministre à la probité morale jamais contestée se retrouve dans le registre des personnes mises en débet. Omission ou volonté de nuire à l’image d’un grand serviteur de l’État, dont les états de services sont connus de tous ?
Il revient à l’Institution de publier les arrêts et décisions rendus en faveur des justiciables blanchis qui, malencontreusement, ont été éclaboussés sur la place publique et qui se réservent le droit de poursuivre l’État gabonais devant le Conseil d’État pour préjudice moral.
Laure Patricia Manevy





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