Il a fallu que les enseignants entrent en grève, une grève légitime qui, pendant presque trois semaines, grippe la machine éducative, pour que ceux qui ont le pouvoir de décision trouvent enfin un début de solution concernant certains points de revendications notamment celui lié à la régularisation des situations administratives. Si la volonté des gouvernants de répondre aux attentes des enseignants semble se traduire en actes concrets est à saluer, cependant les enseignants attendent davantage afin que soit mis un terme au dossier éducation nationale qui, depuis des décennies du règne des Bongo, incarne le paradoxe fatal.
De nombreux compatriotes ont servi en toute loyauté et abnégation leur pays mais qui, sous les serres acérées des voraces, n’ a pas su leur rendre l’ ascenseur. Nombreux ont quitté ce monde sans récolter le moindre fruit de leur labeur. Le cas de cette enseignante de philosophie affectée à Mimongo( le sud du Gabon dans la province de la ngounie) sans salaire, morte de paludisme faute de soins. Le ministère de l’ Éducation nationale a rendu public, dans les colonnes du quotidien pro-gouvernemental l’ Union, les noms de ceux ayant bénéficié des régularisations administratives. Dans cette liste, on compte des disparus, parmi eux, un conseiller pédagogique enterré le weekend dernier à koula-moutou dans la province de l’ Ogooué Lolo au sud-est du Gabon. Sa situation administrative régularisée, il n’ est plus des nôtres !
Avait-on besoin d’ en arriver là, alors qu’on aurait pu régler ces dysfonctionnements si le pays était normé !? On a préféré investir dans l’ inutile, le factis, le ludique, le provisoire et sacrifier l’ essentiel. Faut ajouter à ce gâchis structurel les détournements massifs, la promotion de l’ incompétence, la gestion du pays sur des bases ethniques, claniques, régionalistes, l’ injustice. La réalité qui nous rattrape aujourd’hui, n’est que la triste conséquence de nos propres turpitudes héritées des décennies durant du règne des Bongo, le tout fortifié par un laxisme devenu la norme sociale.
La situation dans le secteur de l’ éducation ne diffère en rien de celle que connaissent d’ autres secteurs d’activités de la fonction Publique. Les pouvoirs publics ont intérêt à ce que toutes les situations administratives, tout secteur confondu, sortent de l’ âge de pierre pour répondre aux exigences du nouvel ordre qui s’impose aujourd’hui.
Les problèmes que connaît le Gabon sont ceux qui, aujourd’hui, relèvent des incongruités longtemps décryptés par les analystes politiques, les intellectuels, les artistes engagés, les journalistes, les écrivains, mais dont les prescriptions étaient rangées dans les placards sinon jetées à la poubelle. Et aujourd’hui on présente la situation comme s’il s’agissait d’un fait relevant de l’ impondérable, c’est à dire de l’ imprévisible, une situation à laquelle on ne s’ y attendait pas.
Doit-on continuer de s’accommoder des dysfonctionnements qui nous envoient prématurément dans la tombe et dont les responsables sont là pénards, imperturbables, et comme dans un film dont la trame retrace nôtre triste existence, assistent, avec un cynisme déconcertant, aux obsèques de leurs victimes?
En plein 21e siècle, on peine à comprendre que le Gabon pourtant à fort potentiel économique en soit encore à ce stade où ses agents fonctionnaires font grève pour des problèmes de régularisation des situations administratives devenues chroniques. Simplement paradoxale !
Ghoze Lucifera





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