AccueilSociétéPK 12 – PK 13 : le chemin de croix

PK 12 – PK 13 : le chemin de croix

C’est un grand bouchon qui accueille tout usager de la route en matinée. La chaleur, à son comble, s’invite à l’ambiance infernale qui torture automobilistes et passagers. La sueur également n’est pas en reste de cette ambiance fatale.

On avance à pas de tortue. Avancer sur deux mètres est un exploit à conquérir. Sur un kilomètre, c’est une épreuve d’endurance, une course de fond.

Alors que les usagers subissent le calvaire d’une architecture routière mal pensée et à laquelle les autorités actuelles entendent apporter une solution définitive au désastre structurel, la police, qui aurait pu réguler pour faciliter la fluidité de la circulation, se contente, en toute indifférence, d’arnaquer taximan et autres clandos. Le bouchon ne fait pas partie de leur zone de confort. Réguler la circulation routière n’apporte rien à leurs intérêts. Seul le sifflet compte. Il produit des gains. Nourrit des familles. Contribue à verser des tontines et à s’offrir une excessive libation à des heures de pause.

Lorsque le sifflet retentit, une seule règle : lorsque l’usager est arraisonné, « la taxe » fixée à 1 000 FCFA, voire plus, n’est pas négociable. C’est sans sourciller que l’agent empoche l’argent. Certains, un peu discrets, orientent l’usager vers une sorte de bâche faisant office de poste de police.

Gendarmes comme policiers utilisent le même mode opératoire. Au « payage » de Koltang et de l’entrée de Ntoum, l’arnaque est devenue presque une institution tolérée par les gouvernants en dépit des discours de rappel à l’ordre pour stopper ce qui devient une gangrène capable de se transformer en une métastase qui n’épargnera aucun pan de la société gabonaise.

Et dire que le général président Brice Clotaire Oligui Nguema, dès sa prise de pouvoir par « un coup d’État sympathique », avait placé la corruption dans sa ligne de mire.

La Cinquième République est née, avec elle les mêmes miasmes cancérigènes d’un système dont elle est un digne avatar.

Sommes-nous réellement entrés dans l’ère de la Cinquième République, dont les principaux axes sont la refondation des institutions, la restauration de la dignité des Gabonais et la moralisation de la vie publique, qui sonnaient comme l’hymne révolutionnaire, sinon le manifeste idéologique d’un État en pleine refondation ?

Une imposture de plus qui nous rappelle, de triste mémoire, le règne des Bongo. Comme quoi le pouvoir des Bongo n’est pas mort avec le coup d’État dit de la libération. Le fantôme plane dans le ciel gabonais. Les Gabonais, qui ont vite chanté les louanges du seigneur Brice Clotaire Oligui Nguema, déchantent. Ils se sentent trahis.

Geneviève Tillue

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