Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui, à l’ occasion de la journée nationale de l’ enseignant, recevait hier 23 mars, au palais du bord de mer, le corps enseignant, les présidents d’institutions et des membres du gouvernement, a exigé que les vacations et les bourses soient payées immédiatement cette semaine, précisément dès ce jeudi. Une annonce qui a été bien accueillie chez les enseignants, élèves et étudiants qui attendent que soient leur versées leurs bourses et vacations réclamées depuis des mois.
Pour une opération de com, c’était un véritable coup de maître puisque cette annonce, livrée au moment où l’ on célèbrait la journée de l’ enseignant et en présence des différents acteurs concernés, et passée en direct sur les médias publics, ne pouvait être un fait du hasard encore moins une coïncidence du destin.
Cette opération de com en valait la peine puisque son image auprès des populations est quelque peu ternie par des promesses non tenues. Certains commencent même à émettre de sérieuses réserves quant à sa politique qui avait pour principal pillier »l’ amélioration des conditions de vie des Gabonais » qui, pour bon nombre, relève de simples incantations sans effets, voire d’une fiction populiste.
L’ annonce du paiement des vacations et des bourses va quelque peu redorer son blason auprès du corps enseignant et des apprenants qui commençaient à déchanter. Même l’ actuel Ministre de l’ Education nationale qui n’ a pas bonne presse parce que soupçonnées à tort ou à raison de ramener des vielles methodes de l’ ordre ancien, pourrait, elle aussi, récolter les fruits de cette embellie relationnelle qui va désormais taire les tensions au sein d’un secteur à la stabilité précaire.
Fallait-il que cette journée ait lieu pour que l’ on décide finalement d’ éponger cette ardoise?
Pour justifier ce qui, jusqu’ici, était perçu par beaucoup comme la conséquence des dysfonctionnements d’ une administration visqueuse et sclérosée, le général président a indiqué que le retard était dû à »un contrôle des données financières ». Un audit conduit par la direction générale du budget aurait constaté de nombreuses anomalies.
L’ audit aurait »mis en évidence certaines irrégularités, entraînant une révision à la baisse du montant global des vacations ». Également constatés par l’ audit: de nombreux »doublons et des dépassements des plafonds ».
Le Gabon qui dispose d’un fichier complet des enseignants et de tous les apprenants, (les ayants-droit), a donc attendu des mois entiers pour compulser ses fichiers pour se rendre finalement compte qu’existaient des doublons ayant entraîné »un dépassement des plafonds ». Le ministère de l’ Éducation nationale dispose pourtant d’une direction financière qui aurait pu effectuer ce travail de contrôle en aval avant que le ministère du Budget ne s’ en saisisse. À moins de penser que ces »anomalies » étaient planifiées par les mêmes réseaux mafieux tapis au sein du ministère de l’ Éducation nationale avec des tentacules au ministère du Budget.
La sortie de Brice Clotaire Oligui Nguema comportait un lapsus révélateur: »Je vous invite à participer massivement aux élections professionnelles pour renouveler les leaders syndicaux. »
Curieuse invite tout de même venant d’un Président de la République. Demander une participation massive aux élections professionnelles avec pour objectif de renouveler les leaders syndicaux, a tout d’ une ingérence en milieu corporatiste, voire un complot »liquidationiste » tendant à écarter des leaders insoumis.
Si les leaders actuels ont le soutien de leurs bases pourquoi souhaiter des changements?
A l’ analyse, on a comme l’ impression que Brice Clotaire Oligui Nguema tente de recycler les vielles pratiques de ses prédécesseurs consistant à avoir sous sa coupole des leaders syndicaux sans relief qui ne constitueront pas un boulet pour sa gouvernance.
Le milieu syndical au Gabon a toujours fonctionné ainsi, avec des syndicats satellites qui prenent leurs éléments de langage chez l’ autorité de tutelle.
Sous le régime des Bongo, il n’était pas rare qu’un Ministre fabrique des syndicats acquis à sa cause avec pour objectif de constituer le contrepoids face aux syndicats dont le contrôle lui échappe. D’ où la myriade de syndicats dans les différentes administrations publiques et privées qui, chacune, contrôle sa galaxie syndicale. D’ ici là que le Général Président se transforme en sponsors dans le milieu syndical, il n’ y a que l’ épaisseur d’ un poil.
Pascal Laurent





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