Il a fallu que l’ancien Maire de Libreville Mathieu Obame Etoughe, victime d’un complot savamment ourdi, puis poussé à la démission, pour que l’on se retrouve, désarçonné, face à une » réalité-catastrophe » qui choque et qui, sous d’autres cieux, aurait donné lieu à des procès en cascade pour abus de biens sociaux en bande organisée. Véritable niche de sulfureux personnages jouissant d’une totale impunité et qui ont, sans nul doute, des protections au sommet.
Cette institution, au vu des pratiques sombres opérées en ces lieux, incarne le parfait modèle d’une organisation mafieuse étoffée d’agents au fur et à mesure que se succèdent les Maires. Militants de partis politiques, parents amis et connaissances, constituent le trop plein d’individus qui peuplent ce réservoir municipal.
Au cœur du scandale se trouve toute une myriade de dysfonctionnements qui ne peuvent laisser indifférent. À titre d’illustration, quelques exemples:
L’ hôtel de ville totalise 2960 agents qui émargent au fichier solde de l’ institution, si l’ on en croit le Maire sortant Mathieu Obame Etoughe selon qui, depuis 2001, 96 agents admis à faire valoir leurs droits à la retraite, continuent de jouir allègrement d’ une retraite active.
2960 agents répertoriés dans les fichiers de l’hôtel de ville est un scandale qui devait interpeler les pouvoirs publics notamment les juges financiers de la Cour des comptes leur bras séculier. Ce chiffre astronomique pour une Mairie est un indicateur qui montre que quelque chose ne tourne pas selon la norme institutionnelle. Une telle cargaison d’employés pour l’hôtel de ville seulement laisse songeur surtout qu’on n’est pas ici dans une usine de fabrication de contreplaqués mais dans une institution. Quel boulot occupe toute cette pléthore d’employés ? Doit-on parler de sinécure pour nombreux d’entre eux?
Autres faits drapés d’incongruité constatés au sein de cet établissement qui a tout d’une fabrique familiale où les embauches ne tiennent pas compte de réels besoins en matière de ressources humaines, mais obéissent à une logique qui place le social au centre de tout. 70 agents qui, depuis des lustres devaient être remis à la disposition de la CNSS pour cause »d’affections de longues durées », sont toujours en poste, imperturbables.
L’hôtel de ville de Libreville compte 260 agents fantômes mais qui, chaque mois, émargent au fichier solde et payés à prix d’or. Parmi eux se trouvent curieusement des commerçants des marchés Mont-mbouet, Nkembo et Lalala, nous apprend le Maire démissionné.
L’hôtel de ville devient le grenier familial sinon la mangeoire de toute la tribu.
Comment voulez-vous que l’institution remplisse les missions de sa charge lorsque l’essentiel de son budget de fonctionnement est englouti par le trop plein de bouffes-cadeaux ? Comment alors s’étonner des poubelles qui désormais font partie du décor urbain faute de paiements réguliers des prestataires commis à la tâche? Pourtant chaque jour qui passe ce sont des sacs de billets de banque qui sont déchargés au cabinet du Maire. On parle de centaines de millions jour. Et chaque vendredi le Maire et son cabinet empochent une bonne partie du butin et le reste est déposé au trésor public.
On peut dès lors comprendre pourquoi l’on remue terre et ciel pour être élu Maire de Libreville. La prise financière issue des taxes municipales est d’autant plus importante que chacun trouve son compte.
Une institution engluée dans des traditions d’ un autre âge. Selon une règle non écrite, seules deux ethnies se succèdent à la tête de la Mairie de Libreville et cela dure depuis Léon Mba premier édile de la ville de Libreville. À croire leur chasse gardée. Cette tradition est respectée à la lettre. Une telle incongruité en plein 21ème siècle et en pleine 5ème République interroge.
Ghoze Lucifera





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