Arrêté mercredi 15 avril à son domicile par les éléments de la DGR, direction générale des recherches, l’ancien premier ministre gabonais, Alain Claude Bilie-By-Nze a été placé le lendemain sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville. A l’origine de l’affaire, une plainte de Baba Ramatou, une gabonaise d’origine Haoussa, qui militait à l’époque dans le même parti que Bilie-By-Nze, le RPG, Rassemblement pour le Gabon de Paul Mba Abessole.
Selon ses avocats qui se sont confiés au journal le Confidentiel, à son arrivée sous escorte à la direction générale des recherches, Alain Claude Bilie-By-Nze est surpris d’une plainte déposée contre lui par Baba Ramatou, son ancienne camarade militante. Il s’agit d’une affaire vieille de 18 ans. Son origine, la 9è édition de la fête des cultures organisée en 2008. Au sein du parti Rassemblement pour le Gabon, des contributions devaient être apportées pour l’organisation de cet événement. C’est dans ce contexte qu’Alain Claude Bilie-By-Nze en tant que président du comité d’organisation sort 3. 000 000 de FCFA, Baba Ramatou 5.000.000, d’autres membres y apportent 200.000, 300.000, chacun en fonction de ses capacités financières.
Retournement de situation
Quelques années après, Baba Ramatou, confrontée à des difficultés financières, vient souvent voir son ancien compagnon de lutte pour l’aider. 500.000 de FCFA aujourd’hui, 1.000 000 demain, ainsi de suite. On en arrive à 7.500.000. Pour l’ancien premier ministre, il s’agit de l’aide qu’il apportait à celle qu’il appelait sa “sœur”. Si la plaignante reconnaît effectivement avoir perçu ces montants, elle estime néanmoins que cet argent ce n’était que les intérêts générés par ses 5.000.000 de contribution. En gros, elle réclame que sa contribution, vieille de 18 ans, lui soit remboursée aujourd’hui par Bilie-By-Nze.
Une qualification des faits inadmissible
Pour le procureur de la République, près le tribunal de première instance de Libreville, Dick Fabrice Boungou Mikolo, les faits sont constitutifs d’accusations d’escroquerie et d’abus de confiance. Une qualification inadmissible pour la défense qui estime qu’Alain Claude Bilie-By-Nze n’a pas dépensé cet argent pour ses besoins personnels, mais plutôt pour l’organisation d’un événement dont Baba Ramatou était elle-même membre du comité d’organisation. Pas assez pour convaincre le parquet qui a décidé de placer l’ancien candidat à la présidentielle sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville.
Relents politiques
Les relents politiques sont déjà pointés par Ali Akbar Onanga Yobegue, enseignant de droit à l’université Omar Bongo et Secrétaire général de l’aile dissidente du parti démocratique gabonais, qui estime que “la DGR est, dans l’architecture institutionnelle gabonaise, placée directement sous l’autorité du Président de la République. Son utilisation dans une affaire impliquant le principal opposant politique du régime soulève donc une question de confusion des pouvoirs qui va au-delà de la simple irrégularité procédurale, c’est l’instrumentalisation potentielle d’un service de souveraineté à des fins de neutralisation politique”.
En décidant coûte-que-coûte d’envoyer en prison un ancien premier ministre, le procureur de la République a, à l’évidence, choisi la voie la plus extrême, celle de l’humiliation et du discrédit, même s’il a pris garde de préciser maladroitement dans sa déclaration que la justice a agi en toute indépendance, sans considération politique. Ce qui est loin d’être son rôle. Mais ce détail n’est peut-être pas un simple lapsus.
Car faire d’une affaire relevant du civile, une affaire pénale comme le déplore la défense d’Alain Claude Bilie-By-Nze, avec un placement immédiat de l’intéressé sous les verrous, c’est prendre justement le risque d’en faire une affaire politique. Surtout quand on connaît la personnalité incriminée. De quoi donner raison à ceux qui pensent qu’il s’agit d’un dessin en filigrane d’obtenir la condamnation de Bilie-By-Nze dont la connaissance des dossiers du pays qui aiguise ses critiques acerbes et méthodiques dérange le pouvoir. Et donc noircir son casier judiciaire pour le disqualifier de la présidentielle de 2032 serait une meilleure solution pour le pouvoir. Un pouvoir qui prive depuis plusieurs mois sa population de connexion aux réseaux sociaux aux motifs non prouvés de risque de déstabilisation des institutions, parce que très allergique aux critiques de sa gouvernance selon la logique de la baïonnette qui caractérise le pouvoir kaki, celle d’une discipline rigide qui doit prévaloir partout, comme dans une caserne militaire. Décidément, d’Omar Bongo à Oligui Nguema en passant par Ali Bongo, être un opposant frontal au régime en place au Gabon c’est prendre le risque de connaître la prison ou d’être acheté avec un poste de nomination. Ayant refusé la deuxième offre, Alain Claude Bilie-By-Nze goûte désormais à la première.
Car pour paraphraser Montesquieu, la plus grande tyrannie est celle qui s’exerce à l’ombre des lois, et avec les couleurs de la justice. Mais cette stratégie de musellement sera-t-elle toujours productive? On est bien tenté de répondre par l’affirmative, le régime détenant tous les leviers. Mais ce serait méconnaître la capacité de rebondissement de l’homme de Tang Luli qui trace méthodiquement son sillon depuis les années universitaires.
Leno Koleba





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