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Orpaillage clandestin au Gabon : l’ombre chinoise derrière le pillage de l’or national

Des forêts de l’Ogooué-Lolo aux zones aurifères du Moyen-Ogooué, en passant par le Haut-Ogooué et l’Ogooué-Ivindo, les opérations de démantèlement se multiplient. Pourtant, l’orpaillage clandestin continue de prospérer.

Mi-juin 2026, 55 individus ont été interpellés sur des sites d’exploitation illégale à Eteke, dans l’Ogooué-Lolo. Un coup de filet présenté comme majeur… mais qui n’est que le dernier épisode d’un phénomène en expansion constante.

Des descentes répétées, des résultats éphémères

Le scénario est toujours le même : À Bakoumba (Haut-Ogooué), les sites démantelés renaissent quelques semaines plus tard, parfois à quelques kilomètres seulement. À Ndjolé, 24 orpailleurs clandestins ont été arrêtés pour trafic illégal d’or et séjour irrégulier. À Mindoumou (Haut-Ogooué), la Direction générale de la surveillance du territoire a démantelé un nouveau site.

Partout, le même constat :

Campements improvisés, matériel d’extraction rudimentaire ou industriel, quelques grammes ou kilogrammes d’or saisis, des dizaines d’arrestations… sans effet durable. La question persiste : comment une activité illégale peut-elle continuer à prospérer malgré une mobilisation croissante des autorités ?

Derrière les orpailleurs, des réseaux bien plus vastes

La réponse réside dans l’existence de filières économiques complexes. Derrière chaque gramme d’or extrait se cache une chaîne complète : Financement des opérations, approvisionnement en matériel, transport et collecte, rachat et exportation. Les vrais bénéficiaires ne sont pas ceux qui creusent dans les rivières, mais ceux qui organisent et financent la filière en amont et en aval.

La Chine dans le viseur : un acteur clé de l’orpaillage africain

Au cours des 20 dernières années, la Chine s’est imposée comme l’un des principaux partenaires économiques de l’Afrique. Routes, barrages, mines, exploitation forestière… Les investissements chinois sont omniprésents, y compris au Gabon.

Mais cette présence s’accompagne de controverses récurrentes : exploitation minière illégale (or, diamant, bois), implication de ressortissants chinois dans des affaires d’extraction clandestine

Comme l’avait révélé Jeune Afrique il y a quelques années, le Gabon s’est engagé sur « le chemin de l’or à tout prix », au point que les enjeux miniers pèsent désormais sur les choix politiques du pays.

Des tonnes d’or qui échappent à l’État gabonais

Où finit l’or extrait illégalement ? Selon des estimations relayées par la presse économique locale, la production artisanale réelle aurait, pendant des années, largement dépassé les volumes officiels. Résultat : des tonnes d’or quittent le pays sans être déclarées, un manque à gagner considérable pour les finances publiques.

Un désastre environnemental en plus du pillage économique

L’orpaillage clandestin ne se contente pas de piller les ressources du Gabon : il détruit aussi son environnement. Des hectares de forêt rasés, des cours d’eau détournés ou pollués (mercure, cyanure), des écosystèmes locaux profondément affectés. Dans certaines localités, les populations riveraines constatent une dégradation de leurs ressources en eau et la disparition de la pêche traditionnelle.

Le Gabon tente de reprendre la main

Face à cette réalité, le gouvernement gabonais agit : campagne d’enrôlement des artisans miniers (ex. : à Ndjolé), création de coopératives pour structurer une exploitation légale et encadrée, mécanismes officiels de rachat de l’or.

L’objectif : faire en sorte que l’État reprenne le contrôle de la filière, pour que la ressource profite d’abord au Gabon.

Un défi systémique : briser les réseaux internationaux

Pourtant, le défi reste immense, tant que des acheteurs seront prêts à acheter de l’or sans vérifier son origine…Tant que des réseaux disposeront de moyens financiers pour organiser son transport et son exportation les opérations de police ne produiront que des résultats temporaires.

La bataille pour la souveraineté économique

L’affaire d’Eteke et l’arrestation de ressortissants chinois mettent en lumière une problématique bien plus large : qui contrôle vraiment les ressources stratégiques africaines ? quelle est la responsabilité des acteurs économiques étrangers, en particulier chinois ?

Le choix du Gabon : souveraineté ou pillage ?

Plus que jamais, le Gabon est face à un choix décisif : Continuer à subir l’exploitation clandestine de ses ressources. Ou renforcer les mécanismes de contrôle pour que les richesses de son sous-sol contribuent enfin au développement national. Car derrière chaque site clandestin démantelé se joue une bataille bien plus importante :
Celle de la souveraineté économique du Gabon sur son propre patrimoine minier.

Armel K.

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