La Lope à plusieurs centaines de kilomètres de Libreville sur la nationale 1, en pleine forêt des abeilles, il est 22 heures chrono. Un camion remorqueur équipé d’un contenaire de 42 pieds amorce mal un tournant et échoue en plein milieu de la chaussée. Rendant impossible toute circulation. Des files de véhicules s’allongent de part et d’autre de la voie. Dans la foulée, un bus Coaster avec à son bord une »bière » est figé dans ce décor désolant.
La dépouille et les parents éplorés sont cloués là, impossible de poursuivre leur chemin pour Koula-Moutou, le sud- est du Gabon, destination où le disparu sera déposé à sa dernière demeure.
Dans cette ambiance nocturne lugubre , incommodante sur fond de fraîcheur et de piqûres de moustiques, la tension monte.
Le chauffeur du camion accidenté et son boy chauffeur sont imperturbables face aux plaintes d’ autres usagers de la route pris au piège de cet incident.

La gendarmerie en poste à la lope est mise au fait de la situation. Malheureusement elle ne peut intervenir faute de moyens logistiques. Pourtant la zone compte de nombreux chantiers forestiers disposant de bulles et autres camions remorqueurs qui auraient pu, s’ils étaient sollicités, décanter la situation. Mais hélas rien n’ y a été fait.
Les passagers ont continué à vivre leur calvaire jusqu’au petit matin.
Certains passagers, à défaut de s’offrir une couchette de fortune sur les banquettes des véhicules, ont préféré passer la nuit à la belle étoile autour du feu qui servait d’ arme de dissuasion dans cette jungle hostile, surtout que n’ oublions pas que nous sommes ici au cœur de la réserve de la Lope où règnent en maîtres des félins.
Parmi les passagers peinés, on comptait un nourrisson qui ne cessait de chialer malgré le lait maternel que sa génitrice ne cessait de le gaver, sans doute ne pouvant s’accommoder de la chaleur qui régnait dans les bus où l’ intimité, la pudeur et l’hygiène étaient presque oubliées.
La nuit passée par les passagers sous une symphoni nourrit de chants d’ oiseaux et des cris stridents de bêtes nocturnes, était longue, très longue qui a failli faire peter les nerfs.
Cet épisode démontre une fois de plus les limites d’ intervention rapide de nos forces de défense et de sécurité.
Par le passé, sous le régime des Bongo, ce genre de désagrément pouvait durer des semaines voire des mois, certaines relations amoureuses ont été tissées dans ces circonstances atypiques, confit un habitué du tronçon routier.
Ce n’est qu’à 8 heures du matin que la route a été dégagée.
Les désagréments du genre qui se sont enchaînés au Gabon avec une récurrence macabre, auraient pu être maîtrisés si les pouvoirs publics avaient mis en place un dispositif de secours d’ urgence.
Le crash de makongonio de juin1985, aurait pu faire moins de victimes si les secours étaient arrivés à temps, le crach de l’ avion de Gabon exprès le 8 juillet 2004 au bord des plages libreviloises précisément au quartier huppé la Sablière, le naufrage du bateau Esther miracle en mars 2023 qui a causé la perte de vies humaines aux large des côtes gabonaises faute de secouristes, autant d’ accidents qui, si le Gabon disposait d’ un dispositif d’ intervention rapide, aurait sauvé bien des vies. Mais dommage !
Laure Patricia Manevy





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