« L’Eldorado, le pays de l’or noir danse désormais au rythme du riengo, coup de baguette magique, coup d’éclat, coup d’État, coup de force, coup de libération. Chacun y va de son qualificatif, de son superlatif. Les héros sont célébrés, adulés, canonisés. L’espoir renaît, les langues se délient. Le peuple rêve d’un pays plus juste, d’un pays où le mérite surplombe la complaisance, d’un pays où tout nom est nom. Éblouissant et fier, ils chantent l’essor vers la félicité à gorges déployées. Le pays est en chantier, les réactions sont perceptibles. Une aurore se lève. Attention ! Alerte rouge ! Les habitudes ont la peau dure ! Le peuple libéré ne se libère pas des chaînes du passé. La résurgence des anciennes pratiques, tel un orage… »
Ce prologue qui plante le décor suffit à cerner la trame de cette pièce théâtrale comme inspirée de dramaturges de haut vol tels Wole Soyinka, Sony Labou Tansi et le père du théâtre gabonais Vincent de Paul Nyonda.
La pièce nous retrace l’euphorie post-coup d’État et révèle la complexité de l’œuvre, qui soulève autant d’interrogations prudentes qu’une perspective d’un jour nouveau, et nous met en garde contre les vieux démons qui ont « la peau dure ».
L’œuvre nous brosse un pays plongé dans le grand fossé de ses contractions existentielles. Un « eldorado » qui, plus d’un demi-siècle, a sombré dans l’incertitude, plongeant le peuple dans une pauvreté devenue structurelle. « Le coup de la libération » et les émotions suscitées donnent comme un hymne de la liberté, de la justice longtemps confisquées dans un pays où « le nom » avait valeur de mérite et où le mérite était relégué au rang des facteurs résiduels.
Cette pièce, qui nous dresse un condensé de ce Gabon de triste mémoire, doit être éditée et enseignée dans les écoles afin que les générations futures s’imprègnent de l’histoire d’un pays jadis embourbé dans les turpitudes de ses dirigeants coupables de choix politiques hasardeux sur fond de clientélisme et d’ethnisme.
Geneviève Tillue






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