Un homme s’éteint le 15 octobre 2026. Une femme disparaît en 2024. Le 5 novembre, le pays les réunit pour toujours.
Sur instruction du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, l’Université des Sciences de la Santé (USS) d’Owendo porte désormais leurs deux patronymes : Université André-Pierre et Marie-Yvonne Kombila Koumba.
Un baptême qu’abordent les « Élucubrations de François Duc Moukwangui», en ces termes : « Diboti, akiba, Akewa, malumbi, disaghu dinene… Merci aux plus hautes autorités du pays pour cette reconnaissance éternelle. Sauf qu’une question me turlupine : pourquoi, diantre, attendre le décès d’un fils prodige pour ce type d’hommages ? »
La réponse suit:
« Aimons-nous vivant… Il demeure intéressant de voir les citoyens méritants se faire dédier une avenue, une place, une bâtisse en leur présence », suggère notre chroniqueur, François D. Moukwangui.
LE GESTE
Au moment où ces lignes paraissent sur Sud-Version, André-Pierre Kombila Koumba repose à Moabi, chef-lieu du département de Douigny, dans la province de la Nyanga, au sud du territoire. La terre de ses pères l’accueille. L’État refuse de le laisser partir seul.
Voici le geste qui tranche. L’État, d’habitude, honore un seul homme. Un fondateur. Un premier.
Le Président préfère autre chose : il célèbre un duo.
En plaçant Marie-Yvonne à côté d’André-Pierre, il proclame ce que l’histoire tait trop longtemps : derrière une grande œuvre, vivent souvent deux existences. Deux sacrifices. Deux fidélités.
Le choix du premier Président de la Ve République dépasse la politesse. Il proclame la vérité.
LUI, LA CARDIOLOGIE
Il naît le 8 mai 1941 au lac Anengué, près de Port-Gentil, province de l’Ogooué-Maritime. Il étudie en Belgique, puis à Rennes. Il exerce treize ans en France.
Il possède tout pour demeurer en Europe. Il opte pour le retour au pays natal.
Septembre 1977 : il rentre à Libreville. 1978 : il crée le premier service de cardiologie nationale, à l’ancien Hôpital général, aujourd’hui CHU de Libreville. Il incarne le premier cardiologue gabonais. Il devient aussi le premier agrégé gabonais dans la discipline.
À 85 ans, il consulte encore à Oloumi. Il demeure le médecin de nombreuses familles, toutes communautés confondues. Soigner, pour lui, représente non une carrière, mais une dette.
Le 5 novembre, au CHU de Libreville, médecins en haie d’honneur, Nation debout, Grand-Croix des Ordres nationaux à titre posthume. Le pays lui rend ce qu’il lui donne.
ELLE, LE LABORATOIRE
Marie-Yvonne, née Maryvonne Favry. Même faculté. Même thèse en biologie médicale. Même décision : le Gabon, en 1977.
Lui, le cardiologue, écoute les poitrines. Elle traque l’invisible. Parasitologie. Mycologie. Médecine tropicale. Les maladies silencieuses qui tuent sans bruit.
Elle exerce comme professeure. Chercheuse. Pionnière.
En la nommant, le Chef de l’État parle aux filles d’Owendo, de Moabi, de Franceville, de Lambaréné, de Port-Gentil, d’Oyem : la science ne connaît aucun privilège masculin. Elle ouvre un droit.
D’AUTRES DESTINS, MÊME LIGNÉE
Les destins du couple Kombila Koumba renvoient à bien d’autres.
En France, Pierre et Marie Curie décrochent le prix Nobel de physique en 1903, avec Henri Becquerel, pour les recherches sur la radioactivité. Marie Curie obtient ensuite, seule, le prix Nobel de chimie en 1911, pour la découverte du radium et du polonium. On baptise l’Université Pierre et Marie Curie en 1974.
À Besançon, Marie et Louis Pasteur illustrent un autre cas, plus subtil. Louis Pasteur ne décroche aucun prix Nobel : il meurt en 1895, six ans avant la création du prix en 1901. L’Université Marie et Louis Pasteur reconnaît aujourd’hui celle qui tient les carnets, prépare les expériences, fait tenir la maison-laboratoire.
Aux États-Unis, Carl et Gerty Cori remportent le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1947, avec Bernardo Houssay, pour la découverte du métabolisme du glycogène et du cycle de Cori. Leur laboratoire de Saint-Louis forme six autres prix Nobel.
Chez nous, Owendo rejoint cette lignée. Le pays s’habitue désormais à l’Université André-Pierre et Marie-Yvonne Kombila Koumba. Sans complexe. Sans imitation.
MAISON DU CŒUR ET DE LA MÉDECINE TROPICALE
Toutefois, une appellation ne suffit pas. Elle exige un serment.
Owendo devient la maison du cœur et de la médecine tropicale. Ce tandem entre dans les cours, dans une bibliothèque, dans une bourse. Sinon, la dénomination devient une plaque. Et une plaque s’oublie.
Le Gabon montre l’élégance rare de ne pas séparer ce que la vie unit.
À Moabi, ce samedi, un homme retourne à la terre. À Owendo, un tandem entre dans l’histoire.
André-Pierre et Marie-Yvonne Kombila Koumba ne forment plus deux destins. Ils forment une université.
Silver-Eddy Etomba / Journaliste – Sud-Version











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