On le croyait mort, fini, réduit à chasser le miel dans la brousse avec une poignée d’hommes. Joseph Kony est de retour. Le chef de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), l’un des criminels les plus recherchés au monde, a relancé ses raids dans l’Est de la Centrafrique, 20 ans après le mandat d’arrêt de la CPI.
Le 24 juin 2026 à l’aube, des hommes armés ont fait irruption à Kadjema, à 45 km d’Obo dans le Haut-Mbomou. Même mode opératoire quelques jours plus tard à Yalinga, en Haute-Kotto : une dizaine de jeunes enlevés, des villages pillés. Les populations les surnomment les « Tongo-Tongo », ceux qui attaquent à la première lueur du jour.
Selon les autorités centrafricaines, au moins 25 enfants ont été kidnappés lors de ces derniers raids. Des civils utilisés comme porteurs, puis les plus jeunes endoctrinés pour devenir combattants. C’est la marque de fabrique de la LRA depuis 1987.
Une armée de 12 à 100 hommes qui défie le monde
Comment un groupe moribond peut-il encore terroriser ? La LRA ne compte plus, selon les chercheurs spécialisés, qu’entre une douzaine et une centaine de combattants. Mais elle a gardé sa stratégie de survie : frapper les villages isolés, enlever, disparaître dans le triangle frontalier impénétrable entre Centrafrique, Soudan et Soudan du Sud, dans la zone de Kafia Kingi.
Ancien enfant de chœur qui s’est autoproclamé messie et prophète, Joseph Kony avait créé la LRA en 1987 pour renverser Yoweri Museveni et imposer un régime théocratique basé sur les dix commandements. Bilan selon l’ONU : plus de 100 000 morts, 2 millions de déplacés et des dizaines de milliers d’enfants enlevés pour devenir soldats ou esclaves sexuelles.
Chassé d’Ouganda en 2006, traqué par l’armée ougandaise et les forces spéciales américaines – qui offrent toujours 5 millions de dollars pour sa capture – il est introuvable depuis 2012.
La CPI change les règles pour le juger sans lui
Face à cette cavale sans fin, la justice internationale a décidé de bouger. En septembre 2025, la Cour pénale internationale a tenu à La Haye l’audience de confirmation des charges contre Joseph Kony, en son absence. Une première. Toutes les charges pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été confirmées.
« Ils sont encore armés et prêts à commettre des actes de violence. Plus ils enlèvent de personnes, plus ils se renforcent. Ils kidnappent des enfants parce qu’ils sont faciles à endoctrinés », explique Leonie von Braun, cheffe d’enquête de la CPI sur le dossier Kony.
Seul l’un de ses lieutenants, Dominique Ongwen, lui-même enlevé enfant, a été capturé et condamné par la CPI. Les trois autres sont morts. Reste Kony.
À Yalinga et Kadjema, les populations se disent abandonnées. Ni les forces régulières centrafricaines, ni les mercenaires présents dans la zone n’ont réagi. Et le fantôme continue de hanter la brousse.






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