Contrairement aux pays africains les plus chauds comme le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et les pays du Sahel comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où les agriculteurs-éleveurs s’étripent au couteau, entraînant des bilans d’une forte intensité macabre qui donnent des frissons et où l’on dénombre, ces dernières années, la récurrence des conflits entre agriculteurs et éleveurs dont la proximité pose un réel problème lors de la transhumance des cheptels bovins dans des corridors arrosés et où l’eau devient parfois rare du fait des conditions climatiques telles la sécheresse, l’eau devient un enjeu capital au centre des conflits meurtriers.
« La guerre de l’eau à Libreville » n’a pas encore atteint un tel paroxysme conflictuel.
Dans la capitale gabonaise, où la foule de bidons et autres récipients posés en file indienne sur les trottoirs, telle « une armée silencieuse », et qui s’étalent à perte de vue comme lors d’une procession chrétienne, attendent l’hypothétique goutte d’eau à la nuit tombée. À croire des fantômes : dans l’obscurité de la nuit, on voit des silhouettes qui se glissent furtivement vers des points d’eau où une goutte est perçue telle une pépite de diamant, aussi miraculeuse qu’improbable.
Le spectacle est désolant, surtout qu’il contraste avec le potentiel pluviométrique et les grandes réserves d’eau dont dispose le Gabon. Libreville reçoit 1 500 voire 3 800 mm de pluie par an. Comment alors expliquer que l’eau manque à la pompe !?
Les experts de la SEEG arguent la vétusté des infrastructures d’adduction d’eau qui ne sont plus aux normes, la forte demande qui ne peut être satisfaite par l’opérateur qui a vu sa clientèle progresser de façon exponentielle du fait d’une extension sauvage d’habitations spontanées qui échappent à tout plan d’urbanisation…
Arguments recevables, même s’il faut émettre quelques réserves.
La Société d’énergie et d’eau du Gabon pointe du doigt l’État gabonais,
lequel est non seulement mauvais payeur, avec des arriérés d’impayés se chiffrant à des milliards de FCFA, mais dont les investissements pour la modernisation des infrastructures et l’investissement dans de nouveaux ouvrages hydrauliques et dans des sites d’implantation des populations, comme contenu dans les clauses des conventions passées entre la SEEG et l’État gabonais, demeurent une gageure.
Avec la mise en service de nouveaux terminaux d’eau construits dans la capitale gabonaise, nombreux y voyaient, avec l’arrivée de ces nouveaux châteaux d’eau, la solution à la pénurie d’eau à Libreville et ses banlieues.
La guerre de l’eau à Libreville est une guerre totale qui n’épargne aucun secteur social, avec en toile de fond des dégâts collatéraux :
les bailleurs voient leurs maisons se vider faute d’eau, des commerces ferment faute d’eau, nombreux partent d’un quartier à un autre faute d’eau, des grabataires crèvent faute du minimum sanitaire dont l’eau est une des composantes vitales. Bref, la pénurie d’eau pose un réel problème de santé publique.
Les autorités compétentes doivent trouver au plus vite des solutions alternatives avant que les Gabonais ne s’exposent à une épidémie de type Ebola ou cholérique, capables de contagion dévastatrice.
Élisia Reclus





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