Il faut reconnaître que le Gabon est un pays d’innovation, de révolution et de contemplation. Ailleurs, on distribue de l’eau. Ici, on distribue de l’espoir. C’est plus léger à transporter et cela ne nécessite ni canalisations, ni citernes.
Les robinets, quant à eux, ont décidé d’entamer une carrière d’objets de décoration. Ils sont magnifiques. Modernes. Design parmi les meilleurs et les plus performants. Ils ont seulement abandonné cette vieille habitude exigeante : laisser couler de l’eau.
Les châteaux d’eau, eux, contemplent le paysage avec une majesté qui force le respect. Ils dominent les quartiers comme des généraux à la retraite : toujours debout, mais plus vraiment en état de commander.
Les bassines, les seaux et les bidons connaissent enfin leur heure de gloire. Ils sont devenus les véritables héros de la République. Sans eux, la toilette devient un exercice philosophique et la cuisine, un acte de foi.
Le citoyen découvre chaque matin un nouveau sport national, aujourd’hui reconnu par l’État : la chasse à la goutte d’eau — exigeante, mélange de marathon, de patience et d’optimisme. Les plus performants développent un sixième sens : ils savent reconnaître à l’oreille le quartier où un robinet a osé éternuer.
Les communiqués se succèdent. Les explications aussi. Les promesses également. L’eau, en revanche, semble avoir demandé un droit de réponse avant de revenir.
Le plus étonnant reste cette étrange prouesse nationale : réussir à créer une pénurie d’eau dans un pays où les nuages eux-mêmes demandent parfois qu’on leur laisse un peu de place.
On nous répète que la situation est exceptionnelle. C’est rassurant. Ce qui l’est un peu moins, c’est qu’au Gabon, les situations exceptionnelles semblent avoir un abonnement permanent. Finalement, le problème n’est peut-être pas que l’eau manque. Le problème est qu’elle n’a toujours pas reçu l’adresse de nos robinets, avec un relevé d’identité bancaire et une reconnaissance pour la location des robinets et des mètres cubes d’eau imaginaires.
Si un jour elle la retrouve, promettons-lui de ne plus jamais la laisser repartir.
Pendant ce temps, les ruisseaux, les rivières et les fleuves éternels se surprennent à voir sur les rivages des seaux, des bassines et des cubitainers, comme des larmes pour redonner l’espoir et la vie. Les neuf fleuves du pays sont en prière dans toutes les provinces du pays.
Donner la vie aux hommes et à la terre, source de vie, de bénédiction et de purification.
Félicien le Grand





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