Enquête – Comment Minsk est devenu le missus dominicus de Moscou au Sahel.
Dans la nuit du 5 juillet 2026, peu après 3 heures du matin, le Mikhail Britnev — un cargo russe de 137 mètres frappé par les sanctions internationales — jette discrètement l’ancre au terminal à conteneurs du port autonome de Lomé.
Vingt-quatre heures plus tôt, le navire avait appareillé de la base navale russe de Baltiïsk. Après avoir été escorté en mer Baltique par un bâtiment de la Royal Navy, le HMS Mersey, il a poursuivi sa route sans encombre jusqu’aux côtes togolaises.
Des images satellites capturées par Airbus DS quelques jours plus tard confirment la nature du chargement : des véhicules de combat d’infanterie BMP-2 et BMP-3, des blindés Tigr ainsi que des transports de troupes BTR-82.
Quelques semaines plus tard, un convoi repéré à Sikasso, au Mali, venait attester le périple de la cargaison à travers le Burkina Faso jusqu’à Bamako. C’est un nouveau corridor de 1 800 kilomètres, inédit pour la logistique militaire russe au Sahel, qui venait ainsi de s’ouvrir.
LOMÉ, UN CHOIX MÛRI SUR LA DURÉE
L’escale togolaise ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un travail de longue haleine mené sur trois années par Alexander Zingman, un homme d’affaires biélorusse désormais bien repéré par les services occidentaux.
La discrétion, mais aussi la régularité de ses contacts avec les plus hautes sphères du pouvoir togolais, déjà signalées dès 2024 par la presse d’investigation, ont préparé le terrain diplomatique propice à l’arrivée du Mikhail Britnev.
Depuis dix ans, une nébuleuse d’acteurs biélorusses — hommes d’affaires, entreprises publiques et structures paramilitaires — s’impose sur le continent en tant que facilitateur de l’ombre, agissant soit pour le compte de Moscou, soit pour ses propres intérêts.
Cette enquête reconstitue les rouages de ce système à partir de sources ouvertes : médias d’investigation spécialisés, listes de sanctions occidentales, enquêtes publiées par le Belarusian Investigative Center et l’OCCRP, données de trafic maritime et aérien, ainsi que de multiples rapports officiels biélorusses, russes et américains.
LE TOGO, NOUVELLE TÊTE DE PONT DE MOSCOU ?
Le rapprochement entre Lomé et le Kremlin s’inscrit dans la durée et ne date pas de l’été 2026.
Face à la menace djihadiste descendue du Burkina Faso voisin dès 2021, le Togo a diversifié ses partenariats sécuritaires, se tournant d’abord vers la Turquie avant de se rapprocher de la Russie. Dès 2022, Lomé a ainsi acquis auprès de Moscou des drones de combat et des équipements de surveillance.
Cette alliance a franchi une nouvelle étape en avril 2026 avec la signature d’un protocole d’accord maritime entre le ministre togolais de l’Économie maritime, Edem Kokou Tengue, et la Fédération de Russie, garantissant l’accès réciproque aux ports des deux nations.
De Lomé à Bangui en passant par Bamako et Ouagadougou, la Biélorussie confirme son rôle de cheville ouvrière au service de la stratégie africaine de Moscou. Entre intermédiaires d’affaires, marchands d’armes, sociétés écrans et ponts aériens, Minsk offre à la Russie un moyen précieux de contourner les sanctions internationales et de consolider son emprise militaire sur le continent.
Source : France 24, 29 juillet 2026.
Abombolo





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