On parlera désormais de lui au passé. L’homme était une icône du journalisme classique pur, loin du genre journalistique imposé par les nouveaux canaux version Internet où l’écriture sort petit à petit de la norme pour échouer dans un genre où l’on publie d’abord et on vérifie après. Une sorte de « journalisme de connivence » dont parle Serge Halimi du journal Le Monde diplomatique.
Jérémie Gustave Nzamba était un requin des salles de rédaction. C’était une sorte d’oiseau rare que l’on trouve difficilement dans les salles de rédaction. On les appelle dans notre jargon « des journalistes de base », qui maîtrisent tous les genres journalistiques. Ils peuvent naviguer entre l’analyse politique, le commentaire, le pamphlet, le portrait, le reportage, la chronique, en passant par l’enquête, avec un talent hors pair qui séduit.
Celui qu’on appelait « Ya Nzamb » avait une rapidité d’écriture qui nous foutait des complexes, nous, alors jeunes journalistes ayant intégré la rédaction de cette radio Africa n°1 dans les années 90.
À quelques minutes du journal parlé dans ces médias stressants dits chauds, il pouvait, à la demande du présentateur, vous pondre « un papier de fond » qui suppose une fortune intellectuelle, un background qui était le reflet de sa rigueur et de son sens du professionnalisme.
Ses productions, à la fois dans la presse audio qu’écrite, bourrées d’expressions gréco-latines, vont nous manquer.
Nina Kellya Mouniepa, ex-directrice générale adjointe de Radio Gabon, en larmes, s’en souvient : « J’ai du mal à y croire… Jérémie était un homme disponible, un homme bien, généreux, qui n’hésitait pas à partager son savoir, toujours de bonne humeur… »
« C’est une voix qui s’éteint, une plume qui cesse d’écrire et un grand frère que le journalisme perd. J’ai eu le privilège de connaître un homme profondément affable, qui prenait toujours le temps de saluer, d’écouter et d’encourager les autres.
Humble, intègre et attaché à la vérité, il incarnait les valeurs de notre profession. Son engagement, sa générosité et ses précieux conseils ont marqué mon parcours, tout comme celui de nombreux confrères », se souvient Chartrain Ondamba, un ancien de la radio Africa n°1.
Aziz Adewale Tchandi, jeune journaliste qui a rejoint l’équipe rédactionnelle de la radio à vocation panafricaine il y a quelques années et qui a connu Jérémie Gustave Nzamba, garde encore des souvenirs inoubliables :
« C’était un homme toujours de bonne humeur, un grand professionnel. En ce qui me concerne, il a influencé mon choix alors que j’étais en classe de troisième en 1995. Il était notre voisin au PK8 et l’aîné d’un de mes tuteurs. La dernière fois qu’on a parlé au téléphone, nous avons promis de passer lui rendre visite, sans savoir ce que le destin avait réservé. Il y a tellement de souvenirs inoubliables avec lui, comme lorsqu’en pleine grève, nous avons été attaqués en pleine rédaction par les hommes de l’activiste Désiré Abba Minko armés de machettes et qui avaient posé un simulacre de bombe parce qu’en rupture de ban avec le pouvoir de Libreville. »
Le monde des médias perd un grand professionnel.
Timothée Memey,
Journaliste, ancien Conseiller Membre à la Haute Autorité de la Communication (HAC)






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