Brice Clotaire Oligui Nguema veut « djobiyiser » le gouvernement
Pas d’annonces officielles pour l’instant. L’idée, en gestation, est largement relayée dans la presse et les réseaux sociaux. Désormais, tout individu qui est promu au poste de ministre de quelque chose devra prêter un serment de probité morale devant le rite initiatique djobi, pratiqué au Gabon et dans les deux Congo, voire dans d’autres pays d’Afrique centrale dans sa version rénovée.
L’idée de faire prêter serment aux membres du gouvernement afin de moraliser la vie publique et lutter contre les détournements des deniers publics, et qui fait débat, relève de l’insolite dans une République où la laïcité s’impose comme un dogme inviolable. De tradition animiste, le Gabon a su concilier ses traditions et les religions d’importation imposées par les colons européens. La liberté de culte est un acquis constitutionnel. Dans la constitution de décembre 2024, l’article 13 stipule expressément : « Les libertés de conscience, de pensée et de libre pratique de la religion et de culte sont garanties à tous. »
Contraindre les membres du gouvernement à prêter serment devant un prêtre du djobi est une entorse grave aux libertés individuelles. Quel résultat en termes d’efficacité attendre de cette mesure ? Il est permis d’émettre quelques doutes prudents. Albert-Bernard Bongo, alors initié au rite djobi et dont Andjoua, son frère aîné, fut un des grands maîtres, aurait été un modèle de probité qui aurait sauvé le Gabon du gouffre du fait des détournements massifs des fonds publics dont il fut le pape. Faire prêter serment aux ministres et autres hauts commis de l’État va se révéler contre-productif.
Le djobi, comme le rite mwiri ou le bundou – des rites dont le rôle est de rendre justice chez les peuples du sud – sont aujourd’hui des pratiques corrompues par l’argent et deviennent des coquilles vides qui subissent une manipulation au gré des intérêts. La similitude avec le pouvoir judiciaire est frappante : une justice pour les pauvres et une autre pour les riches.
Si ces rites initiatiques, supposés avoir un pouvoir de sanction pénale, étaient si efficaces, ceux qui sont coupables de crimes à des fins rituelles et leurs commanditaires devraient mourir en cascade. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. Ils sont là et savourent le beau temps avec une arrogance fécale.
Le rite djobi est loin d’être la solution face à la kleptomanie devenue une institution au Gabon. La solution passe par le renforcement du pouvoir judiciaire, son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, ses mécanismes de contrôle et de répression.
La Cour des comptes annonce 1 700 milliards de mise en débet. Mais les coupables n’ont jamais fait ne serait-ce qu’un petit tour dans les geôles. Bien au contraire, ils jouissent d’une parfaite immunité.






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