Le général président, dans son ton martial auquel il nous a habitués, a fait une adresse à la Nation à l’occasion du soixante-sixième anniversaire de l’accession du Gabon à la souveraineté nationale. Son discours à la Nation, structuré sur plusieurs niveaux, ne présente qu’un seul point sur lequel il vaut la peine de s’arrêter.
Un niveau nous conduit dans les coulisses sinueuses de l’incivisme des habitants du Gabon, qui s’enracine au fil des jours. Des pratiques en passe de devenir une culture illégale mais tolérées par les plus hautes autorités qui font preuve de laxisme.
Le général président Brice Clotaire Oligui Nguema a martelé, invitant ses concitoyens à un nouveau renforcement du civisme dont les habitants du Gabon doivent s’approprier. Sera-t-il seulement entendu dans un pays où les habitudes ont la vie dure et où le laxisme des dirigeants, le laisser-faire et la corruption sont autant de passe-droits ayant favorisé toutes ces dérives comportementales dénoncées jusque-là ?
L’homme soumet les habitants du Gabon à une discipline citoyenne. Il veut des villes à l’urbanisation collant aux normes de modernité, tout en demandant aux citoyens de faire le ménage devant leurs concessions, d’achever des bâtiments inachevés situés sur les axes principaux, sous peine de mesures coercitives d’expropriation dont ces réalisations, annoncées de manière sibylline, tomberaient dans le domaine public. Tout ça part d’un constat : le Gabon est devenu une sorte de bidonville où n’importe qui fait n’importe quoi sans le respect des normes en matière d’urbanisation.
Un peu partout, des ouvrages inachevés sont occupés par une population de squatters, cela au mépris des normes sanitaires et environnementales. Des constructions d’abris de fortune sur l’espace public, soit pour de petits commerces, des dépendances à usage locatif ; il en est même qui s’arrogent le droit d’obstruer la voie publique par des réalisations anarchiques, ce qui donne aux villes gabonaises un paysage qui renvoie aux habitations spontanées, une sorte de culture du campement où la « culture du provisoire » est la règle, selon des concepts néolibéraux qui, d’ailleurs, ont inspiré les théoriciens de l’ultra-libéralisme tels que Friedrich August von Hayek, prix Nobel d’économie, un des gourous de ce courant économique.
Le discours du général président résume à lui seul la complexité du malaise urbanistique gabonais. Le rasage de certains quartiers sous-intégrés est une bonne chose, mais à condition d’y mettre les moyens d’accompagnement.
Au Nigeria, notamment dans la capitale politique Abuja, lorsque vous acquérez une parcelle sur la façade avant des axes principaux, il vous est imposé un plan de bâtisse architecturale moderne, qui doit reposer sur le plan directeur d’urbanisation. Si au bout d’un certain temps, vous n’arrivez pas à réaliser l’ouvrage, le lopin de terre tombe dans le domaine public.
Les mesures énoncées par le général président risquent de n’être qu’un effet d’annonce, voire un coup d’épée dans l’eau et sans effet immédiat, s’il n’y a pas un réel suivi de la part des autorités municipales en charge de veiller sur la norme urbanistique.
Laure Patricia Manevy





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